Ai-je été un enfant maltraité?

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fille du sud
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Ai-je été un enfant maltraité?

Message par fille du sud »

J'ai réalisé une séance de psychothérapie il y a peu de temps pendant laquelle j'ai dû écrire une lettre à ma mère. Je lance un peu une bouée à la mer. Je suis à un tournant de ma vie où je me dis que j'ai peut-être été victime de parents maltraitants, plus que ce que je voulais bien me l'avouer.
Je poste ici ma lettre dans le but d'avoir quelques retours car je n'en ai jamais parlé à personne et je ne sais pas ce que les autres peuvent penser de mon histoire...

Merci à ceux qui auront trouvé la patience de me lire....

Maman,

Je ne sais pas trop par où commencer. Je ressens depuis bien longtemps, peut-être depuis mes 7, 8 ou 9 ans, que j'ai décidé de me couper de toi. C'est toujours compliqué pour moi d'expliquer pourquoi, de mettre des mots dessus, alors j'espère qu'avec cette lettre, les choses seront plus faciles à exprimer pour moi. J'ai toujours eu honte d'en parler car je n'ai jamais connu personne qui a dit qu'il n'aimait pas sa mère. Ou alors si, mais dans des situations extrêmes avec des mères qui font des choses horribles, et je ne vois pas que tu as fait des choses horribles. Seulement, la façon dont tu m'aimes, car tu me le dis bien que tu m'aimes, elle me fait du mal et je la rejette depuis longtemps pour « survivre ».
S'il n'y avait pas de problèmes, je ne serai pas déjà en train de pleurer après seulement un petit paragraphe à t'écrire, et pourtant, ça y est, c'est déjà parti, j'ai la gorge serrée et les larmes qui coulent, comme à chaque fois que je parle de toi. J'ai envie d'en finir avec cet état de faiblesse et de tristesse dont je n'arrive pas à me défaire.
Alors au début, je me souviens qu'on était tellement proches, on s'aimait tellement, c'était chouette et très court à la fois. Je pense que ça s'est arrêté quand je devais avoir 5 ou 6 ans. Peut-être pas de façon brutale mais le détachement a commencé à se faire à ce moment-là.
Je n'ai plus du tout envie de retrouver ça avec toi aujourd'hui. J'ai l'impression que tu m'as trahie. Aujourd'hui, le moindre geste de tendresse que tu fais envers moi me débecte, je te repousse, je déteste que tu me touches. Globalement, c'est quelque chose que j'ai gardé avec tout le monde aujourd'hui. Les seules personnes qui peuvent me faire un câlin sont mon mari et mes enfants, à part ça pour moi, ce n'est que de la manipulation malsaine.
Les coups de la petite enfance
J'ai d'abord essayé de comprendre pourquoi tant de haine et de détachement de ma part dans des souvenirs peu agréables de mon enfance. Vous n'avez certes pas été parfaits avec papa dans plusieurs domaines. Personne ne l'est. Mais je vais jeter sur le papier quelques souvenirs tels qu'ils reviendront, dans le désordre. Je ne sais pas si je m'en souviens de beaucoup car j'en ai tellement marre de ressasser le passé sans trouver de réponse que j'ai fini par les mettre bien de côté.
Alors il y a eu cette fois où j'ai laissé un morceau de pain dans la salle de bain. C'était une fin d'après-midi. J'avais faim car nous n'avions jamais de goûter et nous devions attendre que tu rentres du travail pour pouvoir manger. Dans mon souvenir, c'était à 21h. Alors ce bout de pain, quand tu l'as trouvé dans la salle de bain, tu t'es mis dans tous tes états, comme d'habitude. Tu as piqué une crise. Au fond de moi, je ne sais pas si c'est parce que j'avais sali la salle de bain, ou si c'était parce que j'avais mangé du pain, moi la grosse de la famille qui devrait avoir honte de l'avoir fait. Quoi qu'il en soit et comme dans nombreuses autres occasions, papa est venu à la charge et m'a flanqué une série de fessées alors que j'étais toute nue, et papa, quand il se met en colère, il se défoule et ne maîtrise pas vraiment ses gestes. Bon ben voilà, ce genre de souvenir, ça ne laisse pas de bonne trace, mais est-ce assez pour avoir décidé de me séparer de toi ? Et pourquoi t'en vouloir plus qu'à papa ?
Il y avait aussi ses moments, qui revenaient de façon régulière. Ma chambre était de plus en plus en pagaille. Et même si je le voyais, je n'arrivais pas à la ranger. Et je savais qu'on jour ou l'autre, ça allait tomber mais, vraiment, je n'arrivais pas à m'y mettre. Et puis un soir, ça tombait. Tu piquais ta crise parce que ma chambre était en désordre et qu'il fallait la ranger, et que tu étais fatiguée et que ça t'agaçait. Et donc, en appelant papa à la rescousse, tu me faisais ranger la chambre, sous les gifles coup droit et revers de papa et son regard de colère qui me ferait encore aujourd'hui avoir un mouvement de recul dû à la peur. Et encore une fois, c'est à toi que j'en veux même si papa, je ne trouve pas qu'il soit un sain non plus. Mais, tu ne l'as jamais arrêté quand il nous tapait.
Un souvenir encore très dur je trouve. Tu avais invité Catriona à la maison. Nous n'invitions jamais personne à la maison. Vous n'étiez pas très ouverts sur les relations extérieures et très critiques envers tout le monde. Bref, je suis allée me coucher. J'avais quel âge, je ne sais pas, 8, 9, 10 ans peut-être. Je dormais profondément. Pour moi, c'était comme le plein milieu de la nuit même si je n'ai aucune idée de quel heure il était mais quoi qu'il en soit, tu as piqué une crise parce que la maison n'était pas bien rangée pour recevoir Catriona. Vous avez déboulé dans ma chambre pour me réveiller, me donner des claques et faire ranger la maison. De même avec Sarah et Gaël. Quand je repense à ça aujourd'hui, je pense que tu avais vraiment un gros problème pour faire une chose pareille. Ça ne me viendrait même pas à l'esprit de stopper de façon aussi brutale le sommeil de mes enfants.
C'était aussi souvent complètement injuste comme ces fois où tu nous achetais des vêtements et quand nous revenions à la maison, cette fois c'était papa qui piquait une colère car tu avais dépensé trop d'argent, et on se prenait de nouveau des claques.
Mais vous êtes pas bien en fait ? Fallait acheter un punching-ball pour évacuer votre rage !
Bref, maintenant que je me m'y mets, des souvenirs comme ça il y en a plein qui ressortent: ma prof de piano qui vient vous dire que je n'ai pas assez travaillé mon morceau, j'ai droit à une leçon particulière avec une claque à chaque fausse note, la maison qui est mal rangée, allez au boulot sous les coups droits et revers des claques, j'ai fait tomber une assiette et l'ai cassée, allez, une claque, et plus étonnant une pluie de claques pour ma sœur qui n'avait rien fait. C'était devenu habituel, je me souviens même me dire à un moment que ça ne me faisait même plus mal.
Vous nous avez bien dressé dans la peur. Je me souviens avoir passé plusieurs mois bien terrorisée de l'intérieur à l'idée que tu découvres un jour que j'avais perdu le k-way violet que tu m'avais donné. A chaque évocation de sortie à l'extérieur, je tremblais intérieurement que tu me demandes d'aller chercher mon k-way. Heureusement, tu ne l'as jamais fait et tu as fini par oublié son existence.
Je me suis renfermée sur moi-même, pas question d'évoquer la moindre envie ou le moindre désir de quelque chose, nous avons bien compris que c'est vous qui décidiez de toute façon et que nous n'avions pas voix au chapitre.

Le dépression / prison

Alors j'ai fait ma vie toute seule. Je me suis détachée, je sais que tu en as souffert, que tu n'as pas compris, que tu en souffres encore mais franchement, je n'avais pas d'autre choix. J'ai tout gardé à l'intérieur de moi, de mes 11 ans à mes 18 ans, je suis restée sagement à la maison, je n'ai jamais ne serait-ce qu'oser demander une sortie en boite avec les copines, je savais que c'était vain. J'ai vécu dans l'ennui et la solitude, sans aucun repère, sans aucun conseil, sans aucun partage, juste là à vivre et attendre de pousser sans faire de bruit pour pas qu'on m'embête trop et surtout pour ne pas prendre de remarques de gens incapables de m'écouter et de me comprendre. C'était franchement long. Tellement long que je me couchais tous les soirs en imaginant un revolver sur ma tempe et une nuit qui ne s'arrêterait pas pour être enfin tranquille. Je n'ai jamais réellement eu d'envie suicidaire, mais je juste le fait de ne plus vivre ne me dérangeait pas.
Tu me rends malade. Je ne sais pas exactement quel est le mot qui va dessus mais je pense que j'ai vécu une sorte de dépression. Je me rappelle que jusqu'à ce que je tombe enceinte d'Amandine à peu près, lorsque je revenais à Béziers, j'avais comme un gros poids sur moi, le goût à rien. Je n'étais plus moi, je redevenais ce non être humain de mon adolescence. Puis quand je revenais à Grenoble, instantanément, tout redevenait léger, agréable. Je gardais cette sensation pendant deux ou trois jours. Mon moi pouvait de nouveau ressortir et s'exprimer.
Je me souviens aussi de ce sentiment de liberté lorsqu'à 21 ans, lorsque je suis partie faire mes études à Dijon, j'ai eu mon premier dimanche à moi. Un dimanche où je n'avais personne pour me dire quoi faire, pour rentrer dans ma chambre, ouvrir mes rideaux et me mettre au ménage car c'est vraiment ça qui était important pour toi. Je détestais les dimanches car je les passais avec vous, ma seule hâte était d'être à l'école pour retrouver mes copines et les cours. Heureusement tu travaillais beaucoup et je ne te voyais pas beaucoup. Je faisais tout ce que je voulais dans votre dos. Je ne faisais rien de grave car vous m'avez éduqué pour avoir la tête sur les épaules. Mais je pouvais faire ce que je voulais. Je me souviens que c'était une angoisse pour moi quand tu prenais tes trois semaines de vacances estivales. J'allais de nouveau être en prison.

L'humiliation / mon effacement

Mais pourquoi est-ce que je t'en veux à toi ? Parce que papa honnêtement, je ne lui en voulais pas autant, je n'avais pas de rapport proche non plus mais disons que c'était comme ça. Toi c'est différent. Je crois que lui, il m'a plus laissé vivre, et surtout, il ne m'a pas rabaissé. Car c'est le deuxième volet de mes blessures. Les claques et le dressage, c'est une chose. Mais l'humiliation en est une autre, qui est venue plus tard. Vers mes 11/12 ans, les coups se sont définitivement arrêtés, mais toi, tu n'as pas supporté ce rejet de ma part, et alors tu m'en a mis plein la figure. Et c'est peut-être cette partie là qui est la plus douloureuse pour moi finalement. Les petites remarques mesquines, bien plus silencieuses et douloureuses que les coups : à mes 16 ans, « tu n'es même pas capable de t'occuper de ta famille, pourquoi tu vas aller t'investir dans Amnesty International ? » / Vers mes 18 ans « Tout le monde dit que tu me ressembles, mais juste physiquement alors parce que je suis beaucoup plus gentille que toi ! » - Vers 14 ans « Toi, tu veux faire de la danse de façon professionnelle ? Tu n'es même pas capable de faire la roue ». A 18 ans quand j'ai eu mon bac « Ah, ben c'est bien, je n'étais pas sûre que tu l'aurai ». Et quand ma prof d'allemand qui était venue donner son sang dans ton centre de transfusion sanguine t'as dit : « Ah, elle a eu son bac avec mention a.bien, elle aurait mérité une mention bien ! » Et toi qui lui répond : « Ah non, quand même pas ».
Un jour tu es venue voir mon spectacle de fin d'année, et quand je t'ai retrouvé à la fin, j'attendais bien sûr que tu me félicites ! Et tu as sorti un truc du style « ah, tous ces parents qui ne regardent que leur enfant c'est n'importe quoi, moi, je regarde le groupe ! » Évidemment, moi, je me tape la seule mère qui ne regarde pas que son enfant et qui n'est pas capable de lui faire un compliment. Jamais d'ailleurs. J'ai toujours senti que ça te gonflait que je fasse de la danse. Alors espérer un compliment quand j'ai obtenu mon certificat de fin d'étude avec mention très bien, je pense que je pourrai repasser.

Et puis au-delà des mots, ce désintérêt pour ma vie, pour ma passion pour la danse. Tu devais m'accompagner à la danse le samedi vers 12h. Tous les autres jours, c'était papa qui le faisait. Tous les samedis matins, tu faisais les courses avant de m'amener et tous les samedis tu arrivais en retard pour m'amener à la danse. Moi j'étais à la maison et j'attendais. Je sentais que la pression montait à chaque minute. La danse, c'était mon exutoire pour de pas devenir folle. J'avais une telle colère contre toi quand tu n'arrivais jamais, c'était une colère immense !!! Tellement immense qu'un jour, en arrivant en retard ce samedi là, j'ai tout lâché pendant le cours, je me suis cogné l'orteil de colère en faisant mes exercices, j'avais du sang qui sortait de mon chausson mais sans ça, je ne m'étais même pas rendue compte que je m'étais fait mal. J'ai décidé à partir de ce jour-là de faire 45 minutes de trajet à pied plutôt que d'être à ta merci. Tu n'as eu aucun respect pour mes envies, mes désirs, mes intérêts dans la vie, mes amies même. Tout ce qui comptait c'était toi.
Ça m'a conforté dans l'idée que je ne devais en aucun cas dépendre de toi, et tous les exemples qui ont suivi dans ma vie d'adulte n'ont fait que démontrer que j'avais raison de m'éloigner, pour ma propre santé mentale. Vers 24 ans, je devais passer le 1er de l'an avec des amis. J'ai insisté pour me rendre à Alès par mes propres moyens en train après être passé chez vous passer les fêtes. Mais tu as insisté en disant que papa m'amènerait. Résultat, à 14h, le repas n'était toujours pas pris alors que c'était l'heure à laquelle nous devions partir. Je suis partie en pleurant avec papa à je ne sais plus quelle heure, te maudissant encore une fois de si peu me respecter, de ne penser qu'à toi, d'oser me mettre encore dans ces états alors que j'étais adulte. Nous ne sommes que des pions dans ta vie et nous le resterons même adultes. Je me souviens qu'au final, après m'être confondu en excuses auprès de mes amis qui devaient me récupérer pour aller dans le lieu de la fête, j'ai finalement passé ce réveillon couché dans un lit, dans le noir avec une migraine mémorable. Tu gâches clairement ma vie. Tu ne m'as pas aidé à construire une bonne estime de moi. Des exemples, il y en a d'autres, mais stop. C'est redondant de tous les citer. Ça procède toujours de la même façon. Toi au centre, et soit tu suis, soit tu fuis. Moi, j'ai fuis et aujourd'hui tu as beaucoup moins d'occasions de me faire du mal. La dernière en date étant il y a 3 ans, celle où je voulais te présenter Marie-Reine et Claude. Cela faisait 15 jours que je te préparais psychologiquement à partir tôt pour être à l'heure chez eux, et une fois de plus, tu ne m'as pas respecté, tu as fait ton cinéma, qui est maintenant accentué par ton âge et ton incroyable lenteur à faire les choses. Et tu n'as pas hésité à me piquer là où ça fait mal avec une phrase assassine dont tu as le secret (« j'espère que tu seras aussi carré pendant ton inspection car tu es intransigeante → alors que je venais de te confier que cette inspection me stressait et que j'espérais que ça se passe bien).





Moi, je quitte le navire pour de bon.

Je ne te souhaite rien de mal, mais je me souhaite tout le bien du monde.
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