Urgent, c'est le tournant de ma vie

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Dubreuil
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

MALTRAITANCE A FOETUS

Maltraitance à fœtus : comment comprendre pour prévenir
Claude Tabet, Catherine Dupuis-Gauthier, Pierre Schmidt, Brigitte Maerten-Lesot, Sabrina Porez, Pierre Delion, Michel Soulé
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

Loterie Nationale
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MYTHES AU SUJET DES AGRESSIONS SEXUELLES
Quicklinks
Le mythe: Les violeurs agissent par frustration sexuelle.
Le mythe: Le viol, ça n’arrive pas souvent.
Le mythe: Les violeurs sont des individus affreux et bizarres qui vous sautent soudainement dessus.
Le mythe: Le viol peut être empêché en évitant certains endroits et en usant de bon sens.
Le mythe: Le viol au sein d’un mariage ou d’une relation est impossible.
Le mythe: Les hommes ne peuvent pas être violés.
Le mythe: La victime était sous l’influence de l’alcool ou de la drogue et n’a pas dit ‘non’. Ce n’était donc pas un viol.
Le mythe: La victime a la réputation de mener une vie dissolue, flirtait, portait des vêtements provocants, bref : elle l’a ‘cherché’
Le mythe: Seule une ‘certaine catégorie’ de femmes se fait violer. Ça ne m’arrivera jamais.
Le mythe: Le viol n’a pas de conséquences permanentes.
Le mythe: S’il n’y a pas eu de violence ou si la victime ne se défend pas, il n’est pas question de viol.
Le mythe: Si la victime est excitée sexuellement ou a eu un orgasme durant le viol, cela signifie qu’elle a ressenti du plaisir.
Le mythe: Seules les jolies jeunes filles se font violer.
Le mythe: Si les victimes se détendaient durant un viol, elles pourraient en profiter. Parce que sournoisement ou inconsciemment, les victimes apprécient le viol.
Le mythe: Les femmes fantasment sur le viol.
Le mythe: Une victime ferait mieux de ne pas continuer à se faire du mauvais sang au sujet du viol. Elle ferait mieux de l’oublier.
Le mythe: Les violeurs sont des ‘types louches’.
Le mythe: Le viol est un délit passionnel.
Le mythe: Les prostituées ne peuvent pas être violées.
Le mythe:
LES VIOLEURS AGISSENT PAR FRUSTRATION SEXUELLE.
La réalité: Il existe un mythe selon lequel les violeurs seraient des personnes frustrées sur le plan sexuel qui ne sont plus capables de refouler un besoin irrépressible de sexe, mais ce n’est jamais ou rarement le cas. Le sexe peut être l’un des mobiles du violeur, mais la frustration sexuelle n’est généralement pas la cause unique ou principale. Une grande partie des viols commis sont des viols de colère, où la violence sexuelle est une expression/instrument de colère, un acte impulsif, où le violeur outrepasse gravement les limites de la victime, sans que cela découle d’une frustration ou d’un manque de sexe.
Le mythe:
LE VIOL, ÇA N’ARRIVE PAS SOUVENT.
La réalité: Malheureusement, les agressions sexuelles arrivent très souvent, et dans toutes les classes de la population. Le risque que quelqu’un de votre famille ou de vos ami-e-s ait été victime d’une agression sexuelle est très élevé. Les chiffres officiels relatifs aux viols dans notre pays sont extrêmement élevés. En 2014, les statistiques de la police affichaient 3062 plaintes concernant des viols et 180 concernant des viols collectifs. Cela signifie qu’il y a 3 déclarations de viols collectifs par semaine dans notre pays, et chaque jour 8 plaintes pour viol et 10 pour attentat à la pudeur (3.567 en 2014). Le chiffre noir ou dark number est encore plus surprenant : plus de 90 % des agressions et des viols ne sont pas déclarés et par conséquent pas repris dans les statistiques de la police.
Le mythe:
LES VIOLEURS SONT DES INDIVIDUS AFFREUX ET BIZARRES QUI VOUS SAUTENT SOUDAINEMENT DESSUS.
La réalité: Trois auteurs d’abus sexuel vis-à-vis d’adultes sur quatre connaissent leurs victimes. C’est également le cas pour 62 % des victimes masculines. En ce qui concerne les femmes, l’agresseur est dans 48 % des cas le partenaire, dans 10 % des cas un membre de la famille, dans 13 % des cas une connaissance et dans 7 % des cas une personne faisant partie de l’entourage professionnel. Quant aux agressions sexuelles envers un-e mineur-e, la plupart du temps, l’agresseur est un membre masculin de la famille ou une connaissance. Seuls 15 % des auteurs d’abus sexuel envers des mineur-e-s sont des inconnus.
Le mythe:
LE VIOL PEUT ÊTRE EMPÊCHÉ EN ÉVITANT CERTAINS ENDROITS ET EN USANT DE BON SENS.
La réalité: Les personnes ne sont pas violées ou agressées parce qu’elles ne font pas preuve de ‘bon sens’. C’est le mythe populaire que l’on entend parfois. Ce mythe est toutefois totalement absurde. Les personnes sont violées ou agressées parce qu’elles ont eu la malchance de rencontrer un violeur ou un agresseur. Il est donc très important de dissiper ce mythe, parce que cela pourrait entraîner une limitation de la liberté de mouvement : par exemple, il n’est pas vrai que l’on provoque une agression sexuelle si on se trouve à l’extérieur à une heure tardive. La responsabilité incombe toujours entièrement à l’agresseur et jamais à la victime.
Le mythe:
LE VIOL AU SEIN D’UN MARIAGE OU D’UNE RELATION EST IMPOSSIBLE.
La réalité: Lorsqu’il est question de pénétration non consentante, il s’agit d’un viol, et ce également au sein d’un mariage ou d’une relation. On a toujours et partout le droit de refuser d’avoir des relations sexuelles.
Le mythe:
LES HOMMES NE PEUVENT PAS ÊTRE VIOLÉS.
La réalité: Un homme ou un garçon peut également être violé. Les règles sont les mêmes que chez les femmes : il y a viol s’il y a une pénétration forcée. Tout comme une femme, un homme/un garçon peut également être victime d’un attentat à la pudeur.
Le mythe:
LA VICTIME ÉTAIT SOUS L’INFLUENCE DE L’ALCOOL OU DE LA DROGUE ET N’A PAS DIT ‘NON’. CE N’ÉTAIT DONC PAS UN VIOL.
La réalité: Le fait que la victime avait bu de l’alcool ou était sous l’effet de la drogue n’a aucune importance. Il suffit que l’agresseur n’ait pas eu de consentement pour qu’il soit question de viol. Les actes sexuels, même s’ils ont lieu pendant que la victime n’était pas ou peu consciente, sont punissables.
Le mythe:
LA VICTIME A LA RÉPUTATION DE MENER UNE VIE DISSOLUE, FLIRTAIT, PORTAIT DES VÊTEMENTS PROVOCANTS, BREF : ELLE L’A ‘CHERCHÉ’
La réalité: Le soi-disant fait de provoquer la violence sexuelle n’existe pas. Personne ne ‘mérite’ d’être violé. De plus, les violeurs ne choisissent pas leurs victimes sur base de leur physique, ils cherchent quelqu’un de vulnérable.
En tant que femme, vous pouvez vous habiller de manière provocante et vous pouvez flirter. Retenez qu’un homme sain peut être tout au plus excité mais ne commettra pas de viol. Le viol n’a rien à voir avec la passion (voir l’avant dernier mythe) et l’auteur est le seul coupable.
Le mythe:
SEULE UNE ‘CERTAINE CATÉGORIE’ DE FEMMES SE FAIT VIOLER. ÇA NE M’ARRIVERA JAMAIS.
La réalité: Les violeurs ne choisissent pas leurs victimes sur base de leur physique, de leurs vêtements, de leur âge ou de leur statut social. Un violeur cherche une personne dont il présume qu’il pourra abuser.
Le mythe:
LE VIOL N’A PAS DE CONSÉQUENCES PERMANENTES.
La réalité: Dans deux tiers des cas, les agressions sexuelles ont un impact permanent sur la santé (mentale) des victimes. Des experts considèrent les conséquences du viol comme un trouble de stress post-traumatique, tout comme c’est le cas pour les témoins d’une guerre. Un trouble peut surgir immédiatement après le viol, mais peut aussi s’extérioriser plusieurs d’années après les faits. C’est souvent le cas pour des personnes qui ont été victimes d’agressions sexuelles pendant leur jeunesse. Les symptômes sont souvent très divers : irritabilité, crises de colère, troubles du sommeil, troubles de la concentration, vigilance démesurée, vives réactions d’angoisse, réactions physiques et mentales dans des situations similaires, revivre les faits, dissociation, cauchemars, éviter certaines situations ou activités, amnésie, problèmes pour exprimer ses sentiments, sentiment de désaffection, accoutumance à la drogue ou à l’alcool, etc.
Le mythe:
S’IL N’Y A PAS EU DE VIOLENCE OU SI LA VICTIME NE SE DÉFEND PAS, IL N’EST PAS QUESTION DE VIOL.
La réalité: Un viol ou une agression est un événement violent très angoissant. Il est impossible de savoir comment on réagira au moment-même. Il n’existe donc pas de réaction ‘correcte’ ou ‘incorrecte’. De plus, la plupart du temps, les victimes ne se défendent pas, afin de limiter au maximum la violence utilisée contre elles. Durant l’agression, la victime peut ressentir une telle angoisse que le corps se fige. S’opposer ou dire ‘non’ devient alors impossible. C’est ce que l’on appelle tonic immobility ou paralysie. Il s’agit d’une réaction naturelle et involontaire du corps lors de situations de stress extrême. Cela ne signifie pas que l’agresseur est innocent. Tant qu’une personne ne consent pas clairement à avoir une relation sexuelle, il s’agit d’un viol.
Le mythe:
SI LA VICTIME EST EXCITÉE SEXUELLEMENT OU A EU UN ORGASME DURANT LE VIOL, CELA SIGNIFIE QU’ELLE A RESSENTI DU PLAISIR.
La réalité: Certaines victimes ont une érection ou un orgasme durant une agression sexuelle, ce qui peut être troublant, et donner l’impression que c’était agréable . La plupart des personnes ne savent pas qu’une érection/un orgasme peut survenir durant un stress extrême. Il n’est donc pas question d’excitation sexuelle. Les filles et les femmes ont le vagin mouillé durant les activités sexuelles, cela peut également être le cas durant un viol. Il s’agit d’une réaction naturelle pour protéger le vagin contre les blessures ; elle peut donc aussi se produire lorsque l’activité sexuelle n’est pas désirée. Que la victime ait le vagin mouillé ne signifie nullement qu’elle soit consentante ou qu’elle en ait envie.
Le mythe:
SEULES LES JOLIES JEUNES FILLES SE FONT VIOLER.
La réalité: Des femmes de tout âge sont violées. Beaucoup de femmes estiment qu’elles ne seront jamais violées, parce qu’elles n’appartiennent pas à une certaine catégorie de femmes. Les chiffres contestent cette croyance. Les statistiques comptent des femmes et des filles de tout âge, de toute classe sociale, de toute culture et de toute race. Le fait d’être jolie n’a pas d’influence non plus. Pour le violeur, ce n’est pas le physique qui prime. Il ou elle cherche une personne qui lui paraît vulnérable.
Le mythe:
SI LES VICTIMES SE DÉTENDAIENT DURANT UN VIOL, ELLES POURRAIENT EN PROFITER. PARCE QUE SOURNOISEMENT OU INCONSCIEMMENT, LES VICTIMES APPRÉCIENT LE VIOL.
La réalité: Aucun homme et aucune femme, aucun garçon et aucune fille n’aime le viol. Il s’agit d’une violence brutale, aussi bien au niveau mental que physique. Le viol n’est pas synonyme de sexe voulu, il se passe sous la menace, par violence ou par manipulation.
Le mythe:
LES FEMMES FANTASMENT SUR LE VIOL.
La réalité: Certaines femmes peuvent fantasmer sur des situations sexuelles à caractère agressif ou humiliant, mais dans ce cas, la violence prétendue peut être arrêtée à tout moment. Lors d’un viol, la victime n’a aucun contrôle.
Le mythe:
UNE VICTIME FERAIT MIEUX DE NE PAS CONTINUER À SE FAIRE DU MAUVAIS SANG AU SUJET DU VIOL. ELLE FERAIT MIEUX DE L’OUBLIER.
La réalité: Ce type de ‘conseil’ part généralement d’un bon sentiment mais il est impossible à mettre en pratique. Toute victime doit pouvoir parler des faits avec sa famille, ses ami-e-s ainsi qu’avec des professionnel-le-s. Les victimes qui ne peuvent en parler avec personne ont beaucoup plus difficile à gérer le traumatisme. De plus, le traumatisme peut ressurgir après plusieurs années, même si le lien avec le viol n’est pas toujours établi. Il est important de continuer à soutenir la victime.
Le mythe:
LES VIOLEURS SONT DES ‘TYPES LOUCHES’.
La réalité: Un violeur n’est pas forcément un type louche. Il peut être médecin, agent de police, avocat ou le voisin sympa. On ne peut donc pas reconnaître un violeur à son physique. Il peut avoir l’air tout à fait normal. Beaucoup de violeurs sont même jeunes, mariés et ont des enfants.
Le mythe:
LE VIOL EST UN DÉLIT PASSIONNEL.
La réalité: Le viol est un acte violent qui n’a rien à voir avec la passion ou l’amour. La majorité des viols ne se passent pas spontanément, mais l’idée du viol se développe dans l’esprit de l’auteur On ne parle donc pas de passion incontrôlée. Les auteurs peuvent facil
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Dubreuil
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

LA PENSEE MAGIQUE

Gardez-vous de ces phénomènes anticipés du pire où l'homme fabrique des croyances inconscientes pour justifier la conduite négative qu'il prépare à son insu. Cette tendance inconsciente impose à votre conscient un présage qu'elle provoque, ou qu'elle crée de toutes pièces comme une sentence, une fatalité où vous en venez à croire vos propres divagations, jusqu'à ne plus souhaiter y survivre, comme un effacement, ou encore l’ordre d’une « fidélité généalogique ». Engendré par des sentiments enracinés d'une quelconque infériorité personnelle, d'un état dépressif, ou de tout autre avatar, le présage guide obscurément la personne vers le point du danger inévitable.
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dire.pour.oublier
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par dire.pour.oublier »

Dubreuil a écrit : 04 juin 2020, 15:13 MESSAGE D'UN INTERNAUTE
Orientation professionnelle

Il y a un an, j'ai obtenu mon diplôme en gestion d'entreprise et je me suis demandé ce que j'allais faire comme emploi. Et puis, un jour, j'ai vu sur Internet un coach qui partageait l'ennéagramme ! Je ne savais pas ce que c'était au début, du coup je me suis renseigné. J'ai ensuite fait le test et cela m'a beaucoup aidé, surtout à m'orienter professionnellement car selon notre type de personnalité, il y a un type de travail qui nous est adapté comme expliqué ici : https://relax-et-vous.fr/taches-attribu ... nneagramme. J'ai en effet l'ennéagramme type 1, donc je suis un perfectionniste ! J'ai donc décidé de devenir responsable qualité.
Je viens de découvrir ce test de personnalité grâce à votre (re)publicaiton, et j'ai été très surpris de me reconnaître dans le résultat du test que j'ai trouvé très pertinent, notamment dans les changements de comportement en fonction de son épanouissement au fil de sa vie (types d'intégration et de désintégration).
Ca m'a permis de mieux me comprendre, et ça me semble être un bon indicateur pour savoir si l'on tâtone dans la bonne direction pour sortir du tunnel.
Merci à vous et à l'internaute originel pour ce (re)partage.
Dubreuil
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

MESSAGE D'UN INTERNAUTE
Orientation professionnelle

Il y a un an, j'ai obtenu mon diplôme en gestion d'entreprise et je me suis demandé ce que j'allais faire comme emploi. Et puis, un jour, j'ai vu sur Internet un coach qui partageait l'ennéagramme ! Je ne savais pas ce que c'était au début, du coup je me suis renseigné. J'ai ensuite fait le test et cela m'a beaucoup aidé, surtout à m'orienter professionnellement car selon notre type de personnalité, il y a un type de travail qui nous est adapté comme expliqué ici : https://relax-et-vous.fr/taches-attribu ... nneagramme. J'ai en effet l'ennéagramme type 1, donc je suis un perfectionniste ! J'ai donc décidé de devenir responsable qualité.
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

LES COLERES DU PERVERS NARCISSIQUE

Les manipulateurs pervers narcissiques ont beaucoup de mal à supporter tout ce qui est frustration, cela explique leurs colères. Mais pas que…
La colère va leur servir à vous faire peur, à vous empêcher d’agir comme vous l’entendez. Ils vous effrayent avec leur irritabilité afin de vous soumettre, mais ça ne signifie pas que vous ayez tort et que vous deviez cesser d’avoir tel comportement. Attention, leur résister n’est pas sans risque ! Le manipulateur pervers narcissique (pn, homme ou femme) déteste que vous preniez le dessus, que vous fassiez des choses en dehors de son « script », c’est-à-dire autrement que ce qu’il avait prévu. C’est aussi pour vous faire croire que vous êtes en tort, c’est pour vous culpabiliser, c’est une manière de vous manipuler.
Le pn peut aussi éprouver de la colère devant votre gentillesse (eh oui !) car lui ne fait rien de gentil sans avoir un but derrière, une arrière-pensée, alors, il va penser que vous êtes en train de le manipuler, que vous tirez quelque chose de lui, même s’il ne voit pas quoi…
Tous les évènements heureux vont le mettre possiblement en colère, les échanges affectifs entre les gens également, et toute marque de bienveillance, d’intérêt, d’amour, d’amitié envers sa victime de la part d'autrui va lui être insupportable. La réussite des autres, leur mise en lumière vont le gêner. Il est en concurrence avec toute personne autre que lui, qui pourrait recevoir de l’attention. Pour exister, il a besoin d’être au centre de tout.
Chaque fois que vous vous défendez, que vous défendez quelqu’un d’autre, ou qu’on vous défend, le pn va en prendre ombrage. Si vous lui imposez vos limites, si vous restez loyal(e) à vos valeurs, vous le mettez en échec, et il peut donc s’énerver.
Lorsqu’un évènement imprévu oblige un pn à sortir de « son script », il va pester ! Une visite inattendue (mais opportune pour la victime) qui va mettre à mal son plan, une personne qui intervient dans sa vie de couple, ou en faveur de son enfant… il ne peut pas supporter l’autorité extérieure de quelqu’un d’autre (voisin, parent, police, juge…), c’est une offense pour lui et ça aura comme conséquence de le mettre dans une colère noire. Il va alors être obligé d’avoir une communication claire et il déteste ça. Son intelligence déficiente apparaît. Il voit que sa victime, soutenue, n’a plus peur. Et surtout, il ne supporte pas de voir son vrai visage dévoilé.
Quand vous contrôlez vos émotions, quand vous ne montrez plus au pn qu’il vous fait mal, qu’il vous cause de la peur, qu’il vous rend triste, quand il ne comprend pas vos réactions à l’opposé de ce qu’il avait prévu, si par exemple vous riez quand il pense vous blesser, il va se sentir humilié et va avoir la sensation qu’il perd son pouvoir sur vous, tout ça risque de l’énerver et de provoquer sa colère.
La colère peut avoir pour but de vous signifier qu’il a quelque chose à vous reprocher, mais ce n’est pas dit clairement (il va vous laisser mariner : « Cherche bien, tu trouveras ! ») et vous vous creusez la tête. Le pn veut vous faire douter, vous instiller de la confusion. Tant que vous doutez, vous n’osez pas agir et vous allez vous laisser faire (c’est là le nœud de la manipulation).
Si vous résistez à son intimidation, si vous « sortez du rang », vous êtes sur le chemin de la libération, le pn voit que vous lui échappez, il va dissimuler sa colère pourtant bien réelle et il va alors agir autrement : il va essayer de vous amadouer dans un premier temps pour tester si vous êtes encore sensible à son charme, à ses belles paroles trompeuses, puis si ça ne fonctionne pas, il va tenter à nouveau de vous soumettre (en se servant de vos valeurs morales comme arguments), et en cas d’échec, il va faire intervenir d’autres personnes pour vous manipuler, pour vous influencer (Concept des singes volants). Je vous mets le lien vers l’article qui explique ce stratagème tout en bas. Et en désespoir de cause, il va aussi essayer de vous attendrir en affichant une fragilité, dans le but de vous apitoyer. Ce sera peut-être dur de résister à tout cela, mais il faut le faire…
Quand la victime est en passe de se libérer, le pn perd pied et il déteste ça. Il voit aussi que sa proie va mieux. Son pouvoir ne marche plus… En réalité, le seul pouvoir que le pn a, c’est celui que nous lui donnons : en croyant ce qu’il raconte comme mensonges, d'une part et d'autre part, en nous pliant à ses arguments culpabilisants quand il utilise nos propres valeurs (qu’il faut être gentil avec tout le monde, par exemple, ou que c'est mal de divorcer...), il faut bien le comprendre. Le fait que le pn se mette en colère quand sa victime se rebelle et ne fonctionne plus comme il l’entend, est la preuve qu’elle est sur le bon chemin pour se dégager. Peur et haine vont cohabiter chez le pn, prenez garde à vous. Le pn est très rusé, mettez hors de son atteinte, chez une personne de confiance, toute preuve que vous conserveriez pour la justice. Faites la sourde oreille aux méchancetés qu’il dit uniquement pour actionner la prison émotionnelle qu’il a construite autour de vous grâce à vos croyances, afin de vous faire réagir à son bénéfice. Il vous connaît par cœur ! Ne vous faites pas avoir !
Quand vous quittez un pn, vous n’êtes pas fou (folle), mauvais(e) et méchant(e) comme le pn le prétend. Faites-le en cachette, ou bien accompagné(e) de témoin(s) pour éviter les coups physiques éventuellement et pour disposer de témoignages si ça se passe mal (insultes, menaces...).
Attendez-vous à ce que le pn revienne vers vous à l’assaut régulièrement pour vérifier si vous campez toujours sur vos positions, il faudra alors rester ferme.
Face à la colère du pn, son arme, essayez de rester stoïque, ce n'est certes pas agréable, mais ne vous laissez pas déstabiliser, car tel est son but.
Nous ne sommes pas responsables de la colère ni de la folie d’un pn. C’est lui qui s’énerve tout seul.
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

LA PERSONNALITE PERVERSE

Les pervers consultent rarement. Ils ont traditionnellement été approchées par le biais des perversions sexuelles. Cette approche parcellaire est insuffisante, car les déviations sexuelles ne sont qu'un aspect clinique des personnalités perverses qui se manifestent surtout par des traits de caractère spécifiques. La personnalité perverse est une personnalité bien définie du pôle intermédiaire (entre névrose et psychose), qui se différencie des personnalités limites (états-limites).

L’enfance
Elle n'est pas très caractéristique. Assez souvent c'est un enfant adulé par la mère, avec un père peu présent. Ce peut être des enfants délaissés vivant en marge de la famille.
Chez certains on note des troubles du comportement précoces sous forme de passages à l'acte (vol, fugue), troubles du caractère, associant agressivité et provocations.
Il n’y a aucun trouble intellectuel.

Le caractère
Au premier abord rien ne distingue ces personnes. Le contact immédiat est facile, la réalité, au sens ordinaire du terme (le concret, le social) est correctement perçue. La sociabilité est normale et parfois excellente. Ce sont des aspect ténus qui attirent l'attention. Au fil des conversations, on s'aperçoit qu'il y a du flou, des réponses à côté, une rhétorique visant à convaincre sans rapport avec la vérité. La fréquentation des personnalités perverses provoque un malaise difficile à définir.
Le pervers est égoïste, se considère comme supérieur et trouve normal d'utiliser les autres. Il est manipulateur par utilité et par plaisir.
La loi normative (les lois civiles et pénales, les règlements) n'est respectée que superficiellement et subit des transgressions diverses. Il n'y pas de respect de la parole donnée des engagements et le pervers applique la formule "les promesses n'engagent que ceux qui les croient". Il n'a ni remords ni de crises de conscience par rapport aux nuisances qu'il occasionne. Il n'endosse jamais la responsabilité de ses actes et la rejette systématiquement sur autrui.

Ce qui rend le diagnostic difficile, c'est que le pervers a deux faces et souvent deux vies. Avec les uns il peut être normal, consciencieux, respectueux en apparence, mais avec les autres il se montre cruel, méprisant, tyrannique, sans humanité.

Les conduites caractéristiques
Le pervers n'a pas d'inhibition, car pas d'interdit. Rien ne vient entraver l'action et les passages à l'acte délictueux se font d’autant plus facilement que les circonstances s’y prêtent. Selon sa position sociale les épisodes antisociaux se manifestent sous des formes différentes : délit d'initié, abus de biens sociaux, tricherie, vol, viol, agression, meurtre.
Sur le plan sexuel, il y a une vivacité et la recherche de satisfaction par tous le moyens. Dans de nombreux cas, mais pas systématiquement, on note des déviations sexuelles majeures : bisexualité, voyeurisme/exhibitionnisme, sado/masochisme, pédophilie, viol/meurtre dans les formes graves. Sur le plan clinique, les variations de la sexualité perverses sont infinies. L'activité choisie devient parfois exclusive et ritualisée, mais pas forcément, certains pervers restant plurivalents.
Qu'elle soit exotique ou proche de la norme, il s'agit d'une activité homoérotique et non hétéroérotique. L'autre est ignoré dans ses désirs propres, le pervers ne cherchant que sa jouissance personnelle. Le partenaire est considéré comme un personnage de la mise en scène du scénario pervers.
L'utilisation de toxiques avec ou sans addiction est très fréquente. Elle concerne le tabac, l'alcool, les amphétamines, la cocaïne, l'héroïne. Le jeu, les conduites à risques (délinquance, sports dangereux) sont constantes. Les pervers les affectionne elles marquent sa toute puissance. Là encore la séparation des modes de vie fait que ces conduites peuvent rester longtemps cachées.
Les modes relationnels typiques
Les relations affectives sont instables, car le pervers ne s'attache pas. L'autre est vu comme un moyen et donc de manière variable selon les circonstances. Facilité, immédiateté dominent, avec une tendance à la manipulation et à l'utilisation. Les liens sont labiles motivés par l'utilitaire et se rompent facilement. Les relations amoureuses sont des relations de séduction, domination et de manipulation.
Pour manipuler les autres le pervers utilise tous les moyens à sa disposition supériorité hiérarchique, dépendance affective ou financière. Il joue de divers ressorts psychologiques (culpabilisation, dévalorisation) ou utilise la violence verbale, physique et/ou psychologique. Assez souvent le pervers fascine son entourage et ses victimes, car outre son aisance, son sentiment de supériorité. Il donne une impression de liberté apparente à laquelle aspirent beaucoup de personnes .

La manière de faire constante et caractéristique consiste à abaisser l'autre pour se valoriser. Le pervers se valorise au dépends des autres, comme s'il y avait des vases communiquant entre son narcissisme et celui d'autrui : la baisse du niveau de l'autre fait monter le sien. Lorsque cet aspect est prévalent, on a affaire à un "pervers narcissique". " Le pervers-narcissique se fait valoir aux dépends d'un autre" (Racamier P.C., Les schizophrénies, Paris, Payot, 1978). La différence avec les personnalité narcissique égoïstes ou encore "pervers narcissiques" est parfois ténue (voir l'article sur les personnalités narcissiques ).
Compréhension d'ensemble
Une approche compréhensive permet de repérer des problématiques existentielles caractéristiques du pervers. Le pervers nie la différence des sexes et des générations ce qui explique toute une série d'attitudes transgressives dont les perversion sexuelles. Il ignore la finitude et de la mort ce qui provoque des conduites à risque et lui permet des entreprises osées et aventureuses. Le pervers se situe hors-la-loi, il l'ignore ou bien l'interroge sans cesse en la transgressant. On trouve toujours le besoin d'agresser, dominer, asservir, se valoriser à son détriment de l'autre. Le rapport humain est entaché d'une haine détournée.

L’évolution
Avec l'âge, il y a pas de changement notable.

2. Théorisation

L'anamnèse montre de problèmes pendant la seconde phase structurante, celle qui suit la sortie de l'archaïque et précède la phase œdipienne. Les problèmes ont porté à la fois sur la lignée narcissique et la lignée libidinale et sur la structuration du surmoi.
Le pervers a buté sur l'écueil de la différence des sexes
La sexuation (l'adoption d'un genre) se heurte à la différence des sexes vécue comme castration qui entraîne une privation de jouissance, angoisse, dépit et renvoie à la problématique de la finitude. Le pervers déni cette différence, d'autant que le rapport à l'autre comme référent objectal (l'autre désir) est purement instrumental. Il reste à un stade homoérotique, c'est-à-dire tourné vers lui, son propre corps, sa propre satisfaction.

Sur le plan libidinal un certain nombre d’indices donnent à penser que les attitudes parentales ont provoqué une activation de l'excitation trop importante. L’entrée dans l’œdipe ne se fait pas et le problème de la castration ne peut être résolu. Il y a une survalorisation des problématiques anales et phalliques. Le problème de la castration étant irrésolu la différence des sexes n’est jamais vraiment intégrée.
Le clivage explique le double vie du pervers Il sépare scinde en toute facilité les divers aspects de son fonctionnement psychique. Il fonctionne tantôt sur un mode, tantôt sur l'autre.
Les tendances sexuelles prégénitales restent puissamment investies.

L'enfant n'est pas un pervers polymorphe comme a pu le dire Freud (1905, trois essais sur la théorie de la sexualité). Le terme de polymorphe convient, si l'on veut dire que l'enfant est dans le domaine libidinal plastique, maléable, pluripotent. Mais, si pervers implique une transgression de la loi, l'enfant n'est pas pervers, car il ne la connait pas. Il est sans règle. Si rien ne vient le guider, ni aucune loi le limiter, les évolutions libidinale possibles sont quasi infinies. Elle sont le fruit de fixations dues au hasard des incidents relationnels. Le pervers peut emprunter n'importe quelle voie.
La régression névrotique vient d'un interdit excessif qui empêche d'avancer, la perversion vient d'une absence d'interdit qui empêche de progresser. La névrose est le négatif de la perversion a pu écrire Freud. (Trois leçons sur théorie de la sexualité). Elle manifeste ce qui est refoulé par la névrose. D'où l'effet de fascination du pervers sur le névrosé qui croit voir en lui son idéal de libération.

Le pervers n'a pas secondarisé le surmoi.
Le surmoi archaïque est transformé par l'acquisition de la loi constitutive. On relève généralement des carences éducatives et une particulier un père absent ou n'assurant pas la fonction paternelle. La loi constitutive, symbolique, n’est pas intégrée et le surmoi en tant qu’instance interdictrice ne se secondarise pas.

Il reste des traces du surmoi archaïque qui joue un rôle interdicteur uniquement devant un risque de rétorsion. Dans cette organisation psychique, la capacité cognitive permet une compréhension de l'ordre symbolique de la loi constitutive, mais son intégration ne se fait pas. Bien que connue la loi est étrangère au pervers qui ne reconnait pas son bien-fondé.

Ce surmoi archaïque non secondarisé par l'intégration de la loi constitutive explique que le pervers suive uniquement "la loi du plus fort" et soit à son aise dans les organisations hiérarchisées de type mafieuses, sectaires, paramilitaires.
La faille narcissique a trouvé une défense efficace
L'attitude éducative a induit une incertitude narcissique chez le sujet pervers. Cela se manifeste de manière chronique par un sentiment d'insuffisance qui se compense au détriment du narcissisme des autres.
Comment cela est il possible ? Il s'agit du rapport entre imago de soi et imago de l'autre. L'investissement de l'une se fait au détriment de l'autre. Cela sous-entend une perméabilité entre les deux, ce qui implique un fonctionnement psychique archaïque. Ce fonctionnemnt comporte un mécanisme de défense qui est nommé "identification projective". C'est la projection dans l'imago de l'autre d'affects négatifs. Le drame de l'identification projective est qu'elle "marche" (a une efficience relationnelle) assez souvent, et ce d'autant plus que la personne visée a un soi fragile. En effet de par l'attitude du pervers à son égard, la personne, se sent effectivement mauvaise et rabaissée.
Chez le pervers le moi (instance régulatrice et adaptative) est efficace alors que le soi est mal constitué. L'adaptation à la réalité, la maîtrise, sont assurés, mais sont mis au service du soi instable et la libido régressive.
Conclusion
L'organisation psychique perverse comporte une instabilité du soi compensée par une défense utilisant la dévalorisation de l'autre. La structure libidinale n'est pas génitalisée, ce qui vient de problèmes pendant la seconde phase structurante et la phase œdipienne. Une telle constatation doit nous orienter vers le pôle intermédiaire. L'orientation vers la perversion plutôt que vers une forme limite tient à l'efficacité du moi, la relation particulière à l'autre. Cette dernière est occasionnée par l'absence d'intégration de la loi constitutive et le mécanisme de valorisation au détriment de l'autre.

Patrick Juignet, Psychisme, 2013.
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Dubreuil
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

PSYCHOPATHOLOGIE MORALE
( à revoir... )
À l’époque de Freud, tous les actes qui déviaient du coït hétérosexuel « orthodoxe », celui qui aurait dû mener tout naturellement à la conception, étaient dits pervers, y compris la pénétration anale de la femme et les rapports oraux. Les rapports homosexuels, l’observation de la copulation d’autrui, etc., étaient par excellence des actes pervers. Ainsi, encore en 1956 Michael Balint, bien qu’il était anti-conformiste, citait le cunnilingue comme une perversion [3]
[3]
M. Balint, « Le perversioni e la procreazione », Perversioni…. Ces « perversions » sont aujourd’hui ou bien pratiquées par une grande partie de la population, ou bien largement acceptées comme des actes légitimes. Les mouvements des droits civils ont de fait interdit à la psychiatrie de s’occuper de l’homosexualité en particulier, à la fois comme pathologie et comme perversion. Et bien que beaucoup d’analystes européens continuent à parler de « perversion homosexuelle », leur majorité s’est adaptée à la vision dominante, souvent à contrecœur.

5Freud, dans un premier temps, a formulé la théorie des perversions comme « positif de la névrose » (et de la névrose comme « négatif des perversions [4]
[4]
S. Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle ; GW 5, p. 64 ;… »). Pour lui, dans un certain sens, les perversions étaient une sorte d’état naturel de la sexualité qui se « négativise » par le refoulement et donc la névrose. La perversion apparaissait en somme, dans ses premiers écrits, comme une sexualité positive : l’expression de la libido authentique et déchaînée de l’enfant, qui investit des objets partiels – une sexualité primaire non assujettie aux exigences plus raffinées de l’amour pour l’autre, de la reproduction responsable et de la responsabilité reproductive. Mais plus tard Freud lui-même a corrigé sa première thèse qui devait encore beaucoup aux mythes psycho-éthiques de l’époque (mythe de la perversion comme sexualité non niée). En effet, que peut-il y avoir de si authentique ou naturel dans le comportement d’un fétichiste qui arrive à pénétrer une femme uniquement lorsque celle-ci exhibe des souliers d’une certaine forme ? Il y a de la finesse, donc de la négativité, même dans l’érotisme pervers.

6Sans doute la « perversion » est-elle une notion éthique – ce n’est pas un hasard si ce terme est d’habitude employé comme blâme moral. Mais cette raison n’implique pas pour autant que ce concept doive être refusé par la psychanalyse [5]
[5]
Quand Freud disait que la névrose est une perversion…. Bien au contraire, je dirais qu’il appartient précisément à la psychanalyse au nom de cette connotation éthique. D’ailleurs, même la névrose est dans le fond une maladie éthique. Par cela, je ne veux pas dire que les névroses ou les perversions sont des fautes morales ; je veux dire plutôt que la barrière épistémologie séparant l’analyse objective des processus psychiques du jugement moral des actes devrait être non pas abattue mais pour le moins estompée. Parce que « névroses » et « perversions » sont des modes spécifiques d’être-au-monde, comme un philosophe phénoménologue le dirait, où la dynamique affective, la position morale et la préférence esthétique se conjuguent [6]
[6]
La position classique des analystes est la suivante : « En tant…. La psychanalyse a eu le mérite d’affaiblir – souvent en dépit de ce que les analystes mêmes en pensent – cette dichotomie qui persécute la pensée moderne, selon laquelle d’une part il y aurait les faits (par exemple, certains « mécanismes » de la psyché humaine) et de l’autre il y aurait les valeurs (grâce auxquelles certains actes sont jugés bons ou mauvais, beaux ou laids, acceptables ou pas).

7En quel sens disons-nous qu’un acte [7]
[7]
À la source des comportements pervers il y a presque toujours… est pervers parce qu’il se déploie dans un registre éthique ? Pour y répondre, nous devons abandonner le critère comportemental de perversion : ce qui compte n’est pas en somme qu’est-ce qu’un homme accomplit sur le plan érotique, ni même avec qui ou avec quoi il le fait, mais plutôt si et comment l’autre existe pour lui en ce qu’il fait. En tant que psychanalystes, nous devrions en somme aujourd’hui considérer comme pervers tout mode de plaisir sexuel où l’autre sujet apparaît exclusivement comme instrument de plaisir, sans que son plaisir (sexuel en particulier) entre en jeu.

8Dans le coït que nous considérons idéal, qu’il soit hétéro ou homosexuel, l’autre est aussi une fin pour moi pour autant que je désire lui donner du plaisir à mon tour. Ce qui me donne du plaisir n’est pas seulement le plaisir sensuel que je tire de l’autre, – et non pas seulement la fierté pour mon propre pouvoir de lui donner du plaisir sensuel –, mais justement le fait que lui ou elle ait du plaisir sensuel (et d’autres plaisirs encore) avec moi. Dans cette optique, même un acte hétérosexuel jugé tout à fait normal devrait nous paraître pervers : par exemple, le fait de copuler avec une prostituée si l’on va avec elle non pas pour lui donner du plaisir sexuel. En revanche, un acte homosexuel n’est aucunement pervers dans la mesure où les deux partenaires tirent mutuellement du plaisir non seulement l’un de l’autre, mais aussi l’un du plaisir de l’autre [8]
[8]
Cette substance morale est d’ailleurs dévoilée en ce que nous….

9Pour éviter un malentendu : je ne dis pas que la perversion réside dans la considération de l’autre comme son propre simple objet, bien que ce soit ce que la psychanalyse qui prévaut aujourd’hui répète sans cesse. Dire « la perversion est l’usage des autres en tant que choses plutôt qu’en tant que personnes, et en tant qu’objets enviés et désirés, plutôt qu’aimés » et qu’elle « est un acte plutôt qu’une relation vraie entre personnes [9]
[9]
R.J. Stoller, Perversione. La forma erotica dell’odio,… » est tout à fait contradictoire. Comment peut-on ressentir de l’envie et du désir envers des choses ? En réalité, la perversion n’est pas l’usage de l’autre comme un objet, mais l’usage de l’autre comme un sujet. Comme nous le verrons bientôt, la subjectivité de l’autre est une composante essentielle dans la majorité des actes pervers. Par exemple, l’exhibitionniste exige le regard admiratif ou surpris de la femme à qui il exhibe son pénis – la subjectivité de l’autre est donc sollicitée : nous reconnaissons ici la présence de la perversion parce que la subjectivité de l’autre est exploitée comme un instrument de plaisir, et non pas élue comme une fin. Rappelons que pour Kant, l’éthique s’incarne dans la volonté de traiter l’autre être humain toujours comme une fin, jamais comme un moyen.

Manque de charité
10Il est tout à fait normal que les jambes féminines plaisent à un homme, mais – comme l’écrivent Gosslein et Wilson [10]
[10]
Sexual Variations : Fetishism, Sadomasochism and Transvestism,… – un homme est fétichiste « s’il préfère jouir sur les jambes de sa partenaire plutôt qu’entre ses jambes. » Mais pourquoi cette différence serait-elle si décisive ? Dans ce cas présent, si nous ne considérons que les comportements explicites, nous n’irons pas très loin. La différence ne devient importante que si nous examinons un autre aspect : la jouissance entre les jambes est quelque chose qui – d’habitude – plaît aussi à la femme, tandis que la jouissance sur ses jambes d’habitude implique un manque de considération pour ce qui plaît à la partenaire. Ce n’est pas l’objet anatomique désiré qui fait la perversion, mais le fait de se soucier ou non de l’autre comme sujet libidinal.

11En somme, l’acte sexuel non pervers est celui où la charité pour l’autre se montre. Caritas au Moyen Age ne signifiait pas faire de la bienfaisance : il désignait l’amour en tant que distinct de amor, l’amour sensuel. Caritas était l’amour pour Dieu, pour l’église, pour son prochain – et pour sa propre femme aussi, étant donné qu’avec elle amor est nécessaire mais non pas suffisant. Certes, pour accomplir un coït décent tant amor que caritas sont nécessaires. Et cette charité est le fait d’éprouver de la compassion [pâtir-avec] pour le désir de l’autre, est le fait de nous sentir interpellés par le besoin et l’attraction que l’autre a pour nous, donc le fait de le secourir. Le coït, comme charité compassionnelle, est un acte éthique par excellence. (Ce n’est nullement par hasard que l’église catholique a élevé le coït au niveau du sacrement : s’il est fait dans les formes dues, il est mariage).

12Le fait d’énoncer que le coït est un acte de charité compassionnelle risque de faire rire plus d’un lecteur. Mais, si nous considérons les choses sans œillères behavioristes, nous nous apercevons que sans charité compatissante tout acte sexuel – même le plus normalement hétérosexuel – devient pervers, à savoir, usage de l’autre sujet non pas comme fin mais bien comme moyen de plaisir.

13Pourquoi le coït non pervers est-il un acte de charité compatissante ? Parce que le mâle est ému par le désir de la femelle, qui lui offre son trou béant, élargi, qui demande à être bouché. Et la femelle est apitoyée par le pénis turgide qui, malgré sa puissance érectile, exige un vide où s’apaiser. Dans l’union charnelle, chaque partenaire jouit en offrant à l’autre ce qui lui manque. Cette jouissance, certes, est orgueil narcissique quant à son propre pouvoir de satisfaire l’autre, mais pas seulement : elle découle aussi de cette possibilité à conjuguer à sa propre satisfaction le remplissage du vide de l’autre, en somme à le secourir. Ce remplissage du vide se résout dans l’excès de l’orgasme, une contorsion si semblable à la douleur, où deux opposés semblent se rejoindre : d’une part le delicium (délectation, délit) de manquer à soi-même, et d’autre part le fait d’offrir à l’autre, finalement, ce manque à soi-même.

14C’est sur ce fond éthique du rapport sexuel que les fantasmes et les actes pervers doivent être analysés, parce que les perversions sont des façons complexes d’être-au-monde.

La perversion esquive la jalousie
15La thèse que je veux avancer ici est la suivante : l’acte pervers manque de charité pour l’autre (ou pour soi-même en tant qu’autre) parce qu’il est une manière d’éviter les sentiments amers de la jalousie et de la déception, sentiments suscités par le rapport sexuel ou amoureux de l’autre aimé avec quelqu’un d’autre. La psychanalyse classique joue habituellement ses cartes en misant sur l’envie (invidia) et ses sous-produits. Mais c’est surtout dans la jalousie – et non pas seulement dans l’envie escomptée – que la sexualité perverse me semble trouver son ressort le plus décisif.

16Cela ne devrait pas surprendre des oreilles freudiennes. En mettant au centre l’Œdipe, Freud a posé la jalousie au cœur de l’histoire psychique de chacun. Le complexe œdipien, en effet, n’est pas seulement le désir inadmissible d’un enfant pour un adulte, et ce n’est pas seulement le fait d’envier le parent de son propre sexe parce qu’il/elle jouit sexuellement du parent du sexe opposé, mais il est aussi et surtout la jalousie pour le fait que cette personne adulte que le sujet ne peut pas faire jouir est jouie par un/e autre, et de cet autre elle jouit. Mais même un vécu apparemment si simple que la jalousie se doit d’être éclairci.

17Habituellement les analystes plus ou moins orthodoxes voient dans la jalousie essentiellement la peur de perdre l’objet aimé – donc, ce qui compte est le rapport entre un sujet et ses objets d’amour et de haine. Dans cette perspective, je suis jaloux de ma femme juste parce que je crains qu’en tombant amoureuse d’un autre, elle ne m’abandonne ; de là mon ambivalence à son égard, mes fantasmes sadiques et les sentiments de culpabilité qui s’ensuivent, etc. Pourtant, nous savons tous que la peur de perdre l’objet aimé n’est qu’un aspect – souvent même pas le plus essentiel – de la thématique jalouse.

18Prenons le jaloux le plus célèbre, Othello. Nous ne pouvons certes pas dire que sa souffrance consiste dans le fait de perdre Desdemona, ni dans le fait de se sentir moins aimé par elle. Nous, les spectateurs, savons que sa jalousie n’est pas justifiée, nous pensons donc que le pivot de la jalousie du Maure n’est pas lié au refroidissement de la passion de Desdemona à ses égards (d’ailleurs, dans le texte, Othello ne fait aucune référence à cela). Ce qui fait souffrir Othello, par contre, est une scène imaginaire : celle de Desdemona qui jouit en faisant l’amour avec Cassio. Personne ne pourrait consoler Othello en lui disant, par exemple, « mais pourquoi te soucies-tu de ce que Desdemona fait quand tu n’es pas là ? Si elle fait l’amour ou pas avec Cassio ? L’important c’est que tu jouisse de Desdemona, et qu’elle jouisse avec toi, le reste ce sont ses affaires à elle. » Ce discours sagement égocentrique n’a pas de sens pour le jaloux, qui est à sa façon bien trop hétéro-centrique, si l’on me permet ce néologisme : si et avec qui l’aimé(e) jouit pendant son absence, tel est son principal souci. En somme, la jalousie est une passion réaliste : c’est une souffrance pour la vérité, nullement s’abandonner au monde autosuffisant des fantasmes [11]
[11]
Les tendances « relationnistes » en psychanalyse agréent avec….

19Pour cette raison la théorisation psychanalytique qui prévaut aujourd’hui – et qui se focalise sur ce que les autres sont pour un sujet, sans considérer cette réalité-en-soi que les autres sont pour nous – manque le noyau du drame psychique même dans l’Œdipe [12]
[12]
Certes l’envie jalouse va au-delà de la pratique sexuelle.…. Je me réfère évidemment aux signficant others, comme le disent les anglophones : aux « autres significatifs », à savoir, ceux qui sont importants pour chacun de nous. Ce qui importe davantage, ce n’est pas de reconnaître que les actions des signficant others (in primis notre mère) sont importantes pour notre vie psychique, ni que notre vie psychique est conditionnée par l’image que nous nous faisons des signficant others, mais de reconnaître que notre vie psychique est focalisée par la réalité souvent énigmatique de ces « autres significatifs » en tant que ceux-ci sont des sujets, que notre vie psychique est catalysée par ce que ceux-ci pensent et désirent, par comment et pourquoi ils jouissent et souffrent. Les théories « psychologiques », freudiennes et post-freudiennes, tendent à scotomiser ce tropisme vers l’autre en tant que sujet réel.

20Cela explique enfin un aspect que les analystes ont souvent souligné chez les pervers : les actes pervers révèlent d’habitude une angoisse face à un mystère. Non pas donc une angoisse face à un danger (tel que la castration), mais face à quelque chose de mystérieux – relié bien souvent à la différence sexuelle elle-même. Mais pourquoi, au fond, la chose la plus normale au monde, la sexualité, continue-t-elle à nous apparaître comme quelque chose de si énigmatique ? Beaucoup plus, par exemple, que la différence entre les races ou les cultures, entre les vieux et les jeunes, ou entre le passé et le présent ? Ce mystère est probablement celui que tout jaloux interroge : qu’est-ce que l’autre ressent vraiment et qu’est-il ? Et qu’en est-il surtout lorsqu’il agit sexuellement avec un autre autre que moi ? Ce mystère, finalement, interroge la subjectivité (et donc la souffrance et la jouissance) de l’autre – quelque chose d’où chacun de nous, en dernière instance, est exclu. L’angoisse pour le mystère de la différence sexuelle est donc l’angoisse pour notre exclusion de ce que l’autre ressent et est.

21D’ailleurs, Othello le dit clairement à Iago : quand je ne suspectais pas encore Desdemona, dit-il, « je ne trouvais pas les baisers de Cassio sur ses lèvres [13]
[13]
Othello, acte III, scène III. ». Othello est un gentleman, il emploie un langage châtié ; nous pensons plus crûment que les baisers de Cassio sont un euphémisme pour le pénis de Cassio qu’Othello retrouve implacablement à l’intérieur de Desdemona. La jalousie masculine peut être décrite comme le doute atroce que la cavité de la femme aimée soit « habitée » par le pénis de l’autre, qu’en somme coucher avec sa propre femme se résolve dans une sorte de rencontre homosexuelle avec le phallus d’autrui [14]
[14]
J’ai remarqué que chez des prêcheurs protestants américains,…. À savoir qu’il y a de la paranoïa dans toute forme de jalousie, même dans la plus normale et la plus justifiée. Par cela, je n’entends pas dire que toute personne normalement jalouse est un paranoïaque, mais que les paranoïaques dans le fond sont bien plus normaux – la paranoïa n’est-elle pas une dimension normale de notre vie politique et sociale ? – que ce que l’on en pense généralement [15]
[15]
En effet, cette horreur du jaloux pour la dimension….

22Quoi qu’il en soit, le jaloux préfère détruire l’objet aimé – tuer Desdemona – plutôt qu’accepter que celui-ci jouisse érotiquement sans lui. Il suffirait de poser ce constat pour ramener à de justes proportions la réduction courante de la jalousie à l’angoisse pour la perte de l’autre comme objet : le jaloux préfère perdre l’objet au lieu de lui reconnaître le droit de jouir avec d’autres (il est angoissé non pas tellement par la perte de l’objet, mais plutôt par l’exclusion de lui-même – le jaloux – de la jouissance sexuelle de l’autre). La jalousie est hétérocentrique – centrée sur l’autre – pour autant qu’elle est souffrance d’être exclu de la jouissance de l’autre aimé. La jalousie – au cœur de l’Œdipe – est une douleur pour son propre exil de l’autre jouissant. Or, il me paraît que cette douleur élémentaire est au centre même du « choix » pervers. Comme nous le verrons, le chef-d’œuvre pervers consiste dans le fait de transformer le traumatisme de la jalousie en un mode exclusif de jouir sexuellement [16]
[16]
R.J. Stoller (Perversione. La forma erotica dell’odio,….

Exhibitionnisme et voyeurisme
23On connaît bien la boutade qui fait se rencontrer un sadique et un masochiste. Le masochiste à genoux prie le sadique, lui criant « bats-moi, je t’en prie ! » À quoi le sadique répond, radieux : « Jamais ! » Gilles Deleuze observa qu’il s’agissait d’une boutade stupide [17]
[17]
G. Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, avec le texte…, car en fait le sadique et le masochiste ne se rencontrent jamais. Ils appartiennent à deux univers séparés. Mais cela est vrai non seulement pour les masochistes et les sadiques, mais aussi pour tous les types de pervers. En général, on pense qu’il ne peut y avoir que rarement et par hasard de vraie complémentarité entre perversions (le pervers peut avoir des complices, mais rarement des complémentaires [18]
[18]
Cf. J. Clavreul, « Le couple pervers », dans P.…).

24L’exhibitionniste et le voyeur non plus ne sont pas complémentaires. Si un exhibitionniste exhibait son pénis à une femme-voyeur, celle-ci probablement réagirait avec du dégoût. Considérons d’abord l’exhibitionniste : un monsieur qui montre à l’improviste son pénis – flasque ou en érection – à des femmes inconnues dans des situations inappropriées, pour la plupart publiques. Or, le but de l’acte exhibitionniste n’est jamais de séduire la femme : tout le plaisir dérive de l’acte lui-même. En revanche, les rares fois où une femme joue le jeu et dit à l’exhibitionniste « Tu veux me le donner ? Bien, alors où allons-nous ? », l’exhibitionniste se dérobe, confus et déçu. L’exhibitionnisme est une perversion dans la mesure où elle n’inaugure pas un coït auquel l’autre participe, mais se substitue à celui-ci.

25En effet, moi exhibitionniste je choisis comme victime une femme qui n’est apparemment nullement engagée dans une recherche érotique : ce qui m’intéresse, c’est de capter son regard de façon à ce qu’elle voie quelque chose qui devrait être plaisant pour elle (d’habitude l’exhibitionniste rêve d’exciter sa victime). Mais il ne s’agit pas d’un acte « charitable », tel qu’il peut se produire même dans un spectacle pornographique. Dans un show porno alive il s’agit de voyeurisme et d’exhibitionnisme non pas forcément pervers, car on suppose que le couple qui s’exhibe et le public payant qui l’admire tirent tous deux du plaisir du spectacle (bien que dans le cas des acteurs il peut surtout s’agir du plaisir d’être payé, ce qui sans doute jette une ombre perverse sur la relation). Mais dans le spectacle il y a en tout cas un accord de désirs.

26Rien de semblable ne se passe dans l’exhibitionnisme pervers, où au contraire la femme est dégoûtée, apeurée par la performance. Ce qui m’intéresse, à moi exhibitionniste, est de « coincer » le regard de la femme de telle manière qu’elle ne puisse pas rester indifférente, libre dans la recherche de ce qui l’intéresse. Il s’agit d’aimanter son regard de telle façon qu’elle ne puisse pas ignorer mon pénis. Le regard d’une femme, comme de n’importe quel autre, est comme un vide qui cherche à être rempli par des objets stimulants et plaisants, mais ni moi ni mes organes génitaux ne sont certainement inclus parmi ces objets stimulants et plaisants. Cette femme qui balade son vide ne me cherche pas, ne me désire pas, pourtant dans ce vide à elle j’introduis non pas mon pénis mais bien sa perception. Moi exhibitionniste, je « dénonce » alors le désir de la femme : je dénonce ce qu’on suppose qu’elle cherche par son regard errant, mais je ne le satisfais pas, ni ne le remplis. En imposant à cette femme la vue de mon pénis, je la trouble (au sens à la fois positif et négatif) : par l’acte pervers, ce qu’elle avait exclu s’impose à elle [19]
[19]
L’exhibitionniste, comme le Don Juan de la tradition, est…. Bref, moi exhibitionniste, je dénonce mon exclusion du désir et des jouissances sexuelles de la femme, une exclusion dont je tire pourtant plaisir en lui imposant ce pénis dont elle était jusqu’à ce moment-là tout à fait affranchie.

27Cette rancune pour l’exclusion du sujet apparaît plus évidente chez le voyeuriste. Le voyeur est pour nous un pervers dans la mesure où il jouit en regardant deux personnes qui copulent – ou une femme engagée dans des activités autoérotiques – sans être à son tour regardé ou vu. Le voyeur est qui observe l’acte sexuel de quelqu’un qui ne désire pas que son acte soit regardé. Donc, moi le voyeur, je jouis non pas de l’acte sexuel mais de mon exclusion de l’acte sexuel. Cette distinction est capitale.

Masochisme et sadisme
28Dans le masochisme, la transformation de l’exclusion en jouissance est proclamée de manière presque spectaculaire. Moi le masochiste, je n’exige pas que la femme m’aime, me désire ou ait de l’estime pour moi – bien au contraire, je désire qu’elle me batte et qu’elle m’humilie, qu’en somme elle ne me désire ni m’aime ni ait de l’estime pour moi. Elle doit montrer qu’elle me méprise, pourtant je jouis de ce mépris qui m’exclut de ses faveurs. Pourquoi cela arrive-t-il ?

29Le masochiste souvent répond en termes spirituels : « dans l’humiliation et dans la douleur je m’élève ». La jouissance du masochiste a une affinité avec l’élévation de l’âme pieuse par la mortification – cette élévation est explicitement affirmée dans le roman de Pauline Réage Histoire d’O, un manifeste du masochisme féminin. Ce n’est pas par hasard que les prostituées, dans les annonces des journaux italiens, déclarant leur disponibilité aux « jeux à la D’Annunzio » (c’est-à-dire pour masochistes) écrivent aussi « educazione ». L’éducation élève l’esprit, fait accéder à une jouissance supérieure qui naît du sacrifice et de l’humiliation. Mais justement le masochiste ne se pose pas en tant que complémentaire d’un éventuel désir féminin de punir et humilier – la femme ici n’est qu’un instrument en tant qu’elle est sévère. La colère de la femme devient alors une mise en scène créée par le masochiste lui-même. La scène du rejet le plus douloureux est jouée comme un objet de plaisir par le masochiste.

30Même lorsque le masochiste se limite à fréquenter des prostituées, dans le fond il rêve d’une femme qui veuille vraiment le punir, qui soit vraiment sévère avec lui. Pourtant, même si le masochiste réussissait à trouver cette femme – vraiment en colère contre lui – la complémentarité charitable effaçant la stratégie perverse de l’acte ne se réaliserait pas pour autant. En effet, une femme vraiment furieuse à l’encontre du sujet n’éprouverait aucun plaisir spécial découlant spécifiquement de cette relation : qu’aurait-il de plaisant pour elle dans le fait d’être indignée par le comportement d’autrui ? Le sujet assujetti désire une femme sévère, mais il ne désire pas satisfaire les désirs de la femme sévère : les sentiments de cette partenaire souhaitée ne sont pas une fin pour lui (au sens qu’il aurait pour but de les satisfaire) mais un moyen permettant d’en tirer du plaisir. Se faire l’objet de la dureté d’une femme ne vise pas à satisfaire ses désirs de sévérité, cela ne vise qu’à intercepter pour soi même les effets de cette sévérité. Au contraire, le masochiste semble mettre en scène une sourde rancune contre la femme. Lorsque par exemple le masochiste se déclare « esclave » de sa « maîtresse », il ne jouit pas de satisfaire le désir de la femme d’être une maîtresse d’esclaves : il ne jouit que de se sentir son esclave à elle.

31Dans un film de Woody Allen, Get the money and run…, on voit Woody enfant : il vit dans un slum américain très violent. Frêle avec de grandes lunettes, il est souvent battu par des adultes : on lui arrache ses grandes lunettes, on les flanque par terre, on les piétine. Accoutumé à ce traitement, Woody, une fois plus âgé, introduit une variante : dès qu’il sent arriver l’attaque, il s’arrache lui-même ses lunettes et les piétine. Il s’auto-administre cette violence dont jusqu’ici il avait été la victime passive.

32Ce gag illustre un processus déjà décrit par Freud, lorsqu’il s’était confronté au mystère des névrosés : ceux-ci semblent s’infliger par eux-mêmes des souffrances sans aucune raison plausible, même inconsciente. Finalement, l’évocation de la pulsion de mort lui sembla la seule manière de rendre compte de ce mystère [20]
[20]
Dans Au-delà du principe de plaisir, GW, 13, p. 3-70.. En vérité, l’introduction de la pulsion de mort est plus une façon de reformuler le mystère que de le résoudre. De toute façon, lors du parcours menant à cette conclusion, Freud avait émis l’hypothèse que nombre de manières de s’infliger des déplaisirs obéissent de toute façon au principe de plaisir (Lustprinzip, qu’on ferait mieux à traduire comme principe de désir-plaisir), même de manière indirecte : en transformant le sujet de victime passive en agent actif de la souffrance, ces façons consolent ce sujet en lui rendant une certaine maîtrise. Tout comme Woody Allen : dans la mesure où il ne peut éviter de subir la violence, il préfère se l’infliger lui-même. Nous supposons que Woody tire un certain orgueil, donc du plaisir, de cet acte déjà masochiste : il participe du plaisir sadique de celui qui le punit, se défoulant sur soi-même comme son propre objet à sadiser.

33Comme toute perversion, le sadisme est une stratégie pour tirer du plaisir de quelque chose qui, dans un premier temps, était ressenti comme très pénible. Le masochisme est sublime au sens de Kant [21]
[21]
Dans la Critique de la faculté de juger Kant distingue le… : s’il est pervers c’est du déplaisir qui plaît, s’il est névrotique c’est du plaisir qui déplaît. Cette chicane subjective transforme ma très pénible exclusion de la jouissance de l’autre important pour moi en une scène, en un objet, en ma jouissance dont l’autre est exclu. Bien que Freud n’ait pas exactement dit cela à propos de la perversion, il avait tout de même parlé de « scène primitive », Urszene : maints sujets auraient assisté, étant enfants, à un coït d’adultes – il suffisait d’ailleurs qu’ils l’aient seulement imaginé – ce qui se serait révélé fort traumatique. Les raisons conduisant à ressentir comme traumatique le fait d’observer ou d’imaginer le coït de deux adultes sont très diverses. Mais certainement il est très déplaisant, pour moi enfant, de réaliser que « les adultes tirent l’un de l’autre une expérience intense, dramatique, heureuse, d’où je suis totalement exclu ». La scène primaire est d’abord une scène d’exclusion primaire : le sujet est hors d’elle. En termes plus formels : « je ne suis l’objet ni de désir ni de jouissance de la part de l’autre que j’aime ». Cette trahison de l’autre est la matrice de la perversion.

34Cette issue traumatique de l’exclusion de la part de l’autre explique peut-être le fort penchant au « conformisme de groupe » des enfants. Tout parent sait combien il est important, pour un enfant, de ne pas se distinguer – souvent même pas par ses propres mérites – du groupe des pairs ou de référence. Ainsi, même des enfants qui très tôt ont dû porter des lunettes (comme Woody Allen, et l’auteur de ces lignes) se rappellent fort bien combien ils ont souffert de cette distinction. Les parents qui parlent une langue autre que celle du pays où ils vivent savent bien que l’enfant se refuse à parler la langue des parents justement parce qu’il a honte de paraître linguistiquement différent de ses pairs [22]
[22]
En réalité, parler de « langue maternelle » est impropre : en…. Même le fait d’avoir un nom ou prénom peu commun, qui sonne comme étranger ou bizarre, est vécu comme un stigmate par l’enfant face aux enfants de son âge. Une des raisons de ce conformisme infantile élevé – qui contrebalance sa dépendance aux parents – réside dans cette sensibilité à l’exclusion chez presque tous les enfants. Le fait de se distinguer des autres enfants est dangereux et peut entrainer une expulsion du groupe. La déception infligée alors par les parents, et par les adultes en général, se répèterait de manière catastrophique dans sa relation avec ses « semblables à lui-même ». Un enfant n’est pas seulement quelqu’un qui a faim d’amour : il est un assoiffé d’inclusion.

35En ce qui concerne le sadisme, il est trop souvent apparu aux yeux des analystes comme l’expression d’une agressivité primaire ou d’une réactivité naturelle dans le fond non problématique. Ils le voient comme une sorte de degré zéro de la perversion : la plus inadmissible serait aussi la perversion plus originaire, pour autant que nous désirons tous nous venger de quelqu’un qui nous a fait souffrir. Mais lorsque notre sadisme primaire se sexualise, les choses se compliquent. Moi le sadique, je jouis de battre une femme afin de punir La femme de sa « tromperie » originaire : du fait d’avoir joui d’un autre plutôt que de moi-même. Le viol sadique se veut une application de la loi du talion : ce plaisir que ma femme originaire (d’habitude ma mère) a tiré de son homme à elle, ou d’un autre enfant, elle le paiera maintenant avec moi (l’enfant qu’elle a jadis exclu), en essuyant maintenant le rapport sexuel et les coups que « cette pute » a mérité en me refusant, moi enfant, comme partenaire avec qui jouir.

36Dans le film Code Inconnu (2001) de M. Haneke on voit une scène se passant dans un métro parisien : un couple de jeunes maghrébins harcèlent une fille blanche, qui ne réagit pas aux importuns. Après un temps, un des garçons lui crache à la figure. L’acte de rejet sexuel de la part de la femme est retourné de manière corporelle à travers le crachat, inverse du baiser. Il s’agit ici d’une dynamique très simple, implicite dans toute expérience sexuelle sadique.

37Même discours pour un acte fréquent dans beaucoup de guerres, même récentes : des soldats de l’armée d’invasion violent des femmes de la nation ennemie, souvent face aux maris ou aux pères réduits à l’impuissance. La femme de mon ennemi doit être « punie » parce qu’elle jouit justement de mon ennemi. En France, on coupait complètement les cheveux aux femmes qui pendant l’Occupation avait eu des affaires amoureuses avec des soldats allemands – une variante plus souple du viol collectif d’une femme « qui a joui de l’ennemi ».

Fétichisme
38L’analyse du fétichisme a pris une place importante dans la théorie psychanalytique, parce que Freud est parti de celui-là pour élaborer l’importante théorie de l’Ichspaltung, de la division du moi [23]
[23]
S. Freud, « Fétichisme » (1927), GW, 14, p. 311-318 ; SE, 21,…. Pour Freud le fétichiste vit dans un double monde : dans l’un (d’adultes) il sait bien que les femmes n’ont pas de pénis, et dans l’autre (d’enfants) il ne croit pas que les femmes soient sans pénis. Le fétiche est de fait une partie détachable de la femme – un pénis donc – qu’il désire. Pour cette raison, les fétichistes pensent souvent être homosexuels [24]
[24]
Généralement ils identifient l’homosexualité à une pratique…, même s’ils ne ressentent aucun désir spécial pour les hommes : en fait, pour eux la femme est désirable dans la mesure où elle a un pénis dont le fétiche est un substitut métaphorique.

39Par ailleurs, pourquoi le fétichisme des chaussures et des chaussettes féminines est si répandu ? D’où vient cette préférence marquée pour les souliers et, en deuxième rang, pour les pieds des femmes ? Même Lacan se demandait comment les pauvres fétichistes de l’Antiquité pouvaient vivre leur fétichisme alors qu’il n’y avait pas encore de souliers [25]
[25]
J. Lacan, Le Séminaire, livre IV. La relation d’objet, Paris,…. Certes, pour autant que le soulier est quelque chose que l’on détache, il a une connotation phallique. Mais le soulier, la chaussette, le corset sont aussi des conteneurs : en tant que tels, ils connotent le vagin [26]
[26]
D’ailleurs, Freud lui-même l’avait bien vu dans Trois essais…. Le fétiche apparaît ainsi insubstituable grâce à sa double face : d’un coté, comme objet saillant et adjoint, c’est le phallus marquant la femme – d’un autre côté, comme récipient qui accueille le pied et s’y adapte, il est comme un anus ou un vagin qui peut être enfin « donné ». Freud, séduit par la métaphore phallique, n’a vu qu’un côté de la médaille [27]
[27]
La littérature sur le transvestisme masculin (non pas sur le….

40Le fétichiste voit donc le fait de se chausser ou de se déchausser comme un analogon du rapport sexuel. Le fétiche évoque l’unité indissociable du masculin et du féminin dans un coït d’où le sujet est exclu. Dans la mesure où la femme enfile ou ôte des souliers, elle réalise en soi la complétude copulatoire : par ce geste elle intègre les deux sexes, elle est contenant et contenue – bien que cette intégration rende le sujet fétichiste superflu.

41Mais de fait cette complétude est celle qui manque à la femme visée dans le fétichisme : le pénis et le coït sont ce qu’elle n’a pas, et ce que le fétichiste ne réussit pas à lui donner. Probablement, à la source de toute conversion fétichiste, il y a une mère insatisfaite qui désire rageusement un coït qui tarde. Et ce qui importe alors, c’est que cette femme ne cherche pas ce que lui manque dans le pénis de son fils – il s’agit d’une mère elle aussi sévère, qui rejette la masculinité de son fils.

L’homosexuel pervers
42L’homosexualité, au moins dans ses formes les plus stabilisées, n’est pas une perversion, au sens que nous lui avons donné. L’orientation homosexuelle peut faire part d’une forme névrotique (donc elle peut céder à l’analyse [28]
[28]
Même des analystes indulgents à l’égard de l’homosexualité…), elle peut entrer dans une phénoménologie perverse, elle peut être élément de délires psychotiques, elle peut être le corollaire d’une personnalité narcissique, ou bien… être le fruit du hasard ou presque. Pourtant, cette orientation souvent se développe à partir d’un noyau pervers qui se trouve ensuite être plus ou moins dépassé – mais l’hétérosexualité aussi peut se développer à partir d’un noyau pervers.

43La psychanalyse classique – Freud en premier – a décrit la dynamique homosexuelle de cette manière : moi homosexuel-de-base, je désire un beau garçon avec un beau pénis parce que, à mon avis, c’est ce que ma mère (ou la femme qui pour moi était significative) désirait, probablement parce qu’elle n’en avait pas. En fait, son homme – qui par-dessus le marché est mon père – ne comptait pas vraiment. Une chose est certaine : ce beau garçon avec ce beau pénis qu’elle recherchait, n’était pas moi ! L’homosexualité-de-base est narcissique pour autant que le beau garçon cherché par moi, homosexuel, est ce que j’aurais voulu être (pour ma mère) mais que je n’ai pas été. L’homosexuel-de-base est le résultat d’un désir incestueux manqué de la part de sa mère.

44Cette thèse classique semble confirmée par certains aspects de la « culture homosexuelle ». Par exemple, les homosexuels hommes vouent un véritable culte à de belles femmes célèbres – comme Madonna, par exemple – lesquelles représentent justement ce qu’ils voudraient être [29]
[29]
Sur la « culture homosexuelle », cf. M.S. Weinberg,… : des personnes séduisantes que les hommes universellement désirent. Ces femmes sont adorées car elle sont, en termes freudiens, leur Idéal du Moi : des femmes qui peuvent s’octroyer tous les beaux mâles qu’elles veulent. De là le penchant des homosexuels pour des métiers comme couturiers ou coiffeurs pour dames – rendre les femmes désirables pour les hommes, c’est-à-dire réaliser ce qu’à leur avis leur mère (ou la femme de leur enfance) cherchait à être afin d’avoir, se révèle un moyen de se satisfaire. En cherchant des beaux garçons, les homosexuels-de-base remplissent le vide de leur femme originaire, ils donnent à cette femme ce que celle-ci n’a pas eu – car lui-même, enfant, n’en était pas à la hauteur.

Féminité perverse
45Comme peut-on expliquer le fait que les perversions sont des « faiblesses » masculines, et rarement féminines ?

46Pour la psychanalyse vieux jeu, une femme n’est presque jamais perverse parce qu’elle… l’est par constitution. Bien que cette thèse ne plaise pas aux féministes, Freud parle de masochisme féminin [30]
[30]
S. Freud, Le problème économique du masochisme (1924), GW, 13,… : en tant que femelle, la femme serait masochiste. Ce n’est pas un hasard si ses exemples de masochisme féminin sont plutôt des cas masculins : c’est chez l’homme que le masochisme est anormal, ou en tout cas digne d’être remarqué. Mais une femme justement, Helene Deutsch, a mené le plus loin possible cette thèse du masochisme supposé essentiel à la femme [31]
[31]
H. Deutsch, « Der feminine Masochismus und seine Beziehung zur…. Sa thèse sonne un peu exagérée à nos oreilles, mais il faut néanmoins en saisir son noyau de vérité : comme tout pervers, la femme doit aussi transformer une humiliation en plaisir. À savoir, elle doit glisser du malaise d’être pénétrée, envahie par l’autre, au plaisir « sublime ». Il suffit d’observer les enfants des deux sexes pour se rendre compte que le fait d’être pénétrés, dans n’importe quel orifice – par exemple, à l’occasion de clystères – crée une répulsion chez eux : ils se sentent dépossédés de la propriété de leur corps. D’ailleurs, la masturbation des petites filles est généralement clitoridienne (quand une fille s’autopénètre par des instruments, les cliniciens y voient même la trace d’une perturbation psychique [32]
[32]
Ce n’est pas un hasard si les publications féministes plus…). Toute femme doit donc faire de cette insulte infantile son propre triomphe, elle doit réélaborer l’intrusion en elle-même comme corps en en faisant la source active de jouissance non clitoridienne. Ce plaisir bizarre qui nous frappe chez le pervers (mâle) est au fond semblable au plaisir bizarre (vaginal) de chaque femme [33]
[33]
Le problème ne se pose évidemment pas pour le plaisir…. Paradoxalement, la sexualité clitoridienne est « normale », tandis que la sexualité vaginale est « perverse » – bien que notre culture (et Freud aussi) ait considéré justement la deuxième comme saine et normale.

47Cette mauvaise considération de la passivité dans la culture occidentale est démontrée par la différente manière où historiquement on a réagi à l’homosexualité masculine d’une part et à celle féminine de l’autre. Tandis qu’on a peu parlé de la deuxième et qu’on l’a considérée toujours avec une certaine condescendance, la première au contraire a été l’objet d’un débat qui a pris des formes parfois dramatiques. L’homosexualité masculine – au moins jusqu’à naguère – provoquait chez la majorité des gens des réactions d’horreur et de dégoût. Ce n’est pas le rôle actif qui en résulte qui était troublant – bien au contraire, dans les cultures traditionnelles la sodomisation d’un homme était considérée comme une épreuve de virilité, dont on se pouvait vanter. C’était l’homme passif, « l’homme qui fait la femelle », qui était vitupéré. Même Freud considérait cela comme affreux. À l’encontre, dans un rapport lesbien il apparaît même légitime qu’une des femmes fasse le mâle. Ces deux poids et deux mesures montrent combien la passivité, du moins dans notre tradition culturelle, est frappée d’un jugement essentiellement négatif (bien qu’il ne puisse pas être explicité en tant que tel quand il s’agit de femmes). Ainsi, chaque femme se trouve confrontée, même de manières obliques, à ce mépris de la passivité. L’hystérique y réagit, habituellement, en renonçant au rapport sexuel, ou en le vivant en forme traumatique et paroxystique ; beaucoup de femmes non névrosées au contraire réussissent à tirer du plaisir – comme le pervers – et de l’estime de soi à partir justement de cette passivité.

48L’hystérique – décrite par Freud comme une perverse imaginaire – est par beaucoup de côtés une femme qui ne se résigne pas au masochisme féminin : elle n’accepte pas de « souffrir » la pénétration, et du coup elle s’identifie au vide central de son propre être corporel, un vide qu’elle fait tout pour protéger [34]
[34]
Sur l’identification hystérique à son propre vide, cf. J.-D.…. De manière analogue, l’anorexique rejette autant la nourriture que le pénis comme des intrusions intolérables qui lèsent la glorieuse autarchie de son propre corps : ce manque à la fois de nourriture et de phallus c’est comme « une drogue » (c’est l’analogie à laquelle elle-même fait souvent recours) dont elle a du mal à se passer. L’hystérique et l’anorexique, en renonçant à la féminité en tant que perversion, renoncent à la féminité tout court : elle se rêvent vierges et mères, comme la Madone. Elles s’idéalisent en tant que femmes, elles se rejettent en tant que femelles.

49Le succès du culte marial ne signifie certes pas que toutes les femmes catholiques, pendant deux millénaires, aient été hystériques. Disons plutôt : tant le culte de Marie que l’hystérie cherchent à résoudre un problème épineux de la féminité : comment une femme peut-elle accepter d’être envahie, pénétrée, « défoncée », en faisant de tout cela son propre plaisir sublime (au sens kantien) ? Comment peut-on offrir à l’autre son propre vide, en évitant que son remplissage annule la puissance féminine, sa capacité de production et reproduction ?

50Pourtant, s’il est vrai que l’hystérie est une faiblesse féminine, tandis que la perversion est une faiblesse masculine, les femmes perverses ne manquent pas. Quand Elfriede Jelinek a publié son roman Die Klavierspielerin [35]
[35]
Tr. angl. The Piano Teacher, Serpent’s Tail, London 2002. Porté…, la masochiste perverse décrite par elle a convaincu peu de spécialistes : « est-ce qu’une femme si perverse existe vraiment ? », les analystes se questionnèrent. Et pourquoi pas ? Souvent, nous ne regardons pas des femmes comme perverses, probablement parce que la femme, jusqu’à il y a peu de temps, étant moins entreprenante sur le plan sexuel, sa perversion émergeait plus difficilement.

51Carmen – une femme que j’ai suivie lorsqu’elle était déjà sur la cinquantaine – ne pouvait prendre de vrai plaisir lors du rapport sexuel qu’en s’imaginant que l’homme la pénétrant était à son tour pénétré analement par un autre homme. Il s’agissait d’un fantasme sine qua non pour pouvoir jouir, qu’elle n’avait révélé à aucun de ses nombreux partenaires. Carmen avait vécu des périodes de promiscuité, elle était passée par des divorces divers et, à l’occasion, elle s’était (rarement) même prostituée – plus pour le plaisir de se donner contre de l’argent que pour un besoin d’argent. Cela jusqu’au jour où, ayant dépassé un certain âge, elle rencontra un homme à qui ni son fantasme ni la mise en acte de celui-ci ne déplaisait. Carmen jouissait beaucoup en le pénétrant avec un gros godemiché, aussi bien pendant leur coït qu’en dehors de celui-ci [36]
[36]
En vérité, le fantasme de pénétrer l’homme, chez les femmes,….

52Il s’agit bien ici d’une perversion au féminin, dans la mesure où le partenaire se réduit à être un moyen plutôt qu’une fin du plaisir. De fait, Carmen ne jouit de son partenaire qu’en le voyant sodomisé, que cela lui plaise ou non. À la source de tout cela, il y a sa manière de vivre le coït comme un acte humiliant pour elle, en tant que femme. Elle pouvait donc octroyer son plaisir à l’homme qu’à cette seule condition : qu’il subisse à son tour, symétriquement, cette humiliation. Il s’agit d’un renversement érotique de la loi du talion – pénétration pour pénétration. Une fois l’homme réduit à son tour à un rôle féminin, la rancune contre le détenteur d’un phallus violent s’amoindrit : le coït paraît alors une joyeuse rétorsion « entre des égaux ». D’autre part, dans ses sporadiques expériences de prostitution, Carmen réalisait une sorte de dédommagement du fait d’être une femme : le coït étant en soi une offense faite à elle en tant que femme, elle devait donc être de temps en temps indemnisée comme telle.

53Un nœud affectif complexe – une complexité qui explique la relative rareté des comportements pervers chez les femmes – émerge ici. D’un côté, moi femme j’envie ce pouvoir du mâle qui peut me faire jouir moi, femme. De l’autre il m’est impossible de jouir normalement du coït car celui-ci est l’effraction de ma propriété, donc mon humiliation. C’est pourquoi je jouis de ma revanche face à ce mâle intrusif en imaginant ou en agissant sa pénétration anale ; et du dédommagement pour la violence humiliante que le mâle (non humilié) m’inflige à travers le do ut des mercenaire, quand je me prostitue.

54Mais des cas comme ceux-ci peuvent nous faire entrevoir pourquoi les femmes ont un moindre penchant pour les perversions sexuelles. Si le pervers prend du plaisir en revivant de manière oblique une expérience traumatique de tromperie ou trahison, chaque femme fait la même chose à travers sa propre expérience sexuelle « normale ». C’est comme si la petite fille vivait un traumatisme triple : d’une part la mère qui la « trompe » avec un homme, de l’autre le père bien-aimé qui la « trompe » avec une femme, enfin l’« offense » de subir passivement le coït. Dans tout coït réel, la femme risque alors de revivre ce triple échec. Pourtant, d’habitude, elle réussit à faire de tout cela une occasion de plaisir – comme chez le pervers.

55Dans le roman La ciociara (1957), Alberto Moravia nous raconte l’histoire de Rosetta, une adolescente, et de sa mère, toutes deux fuyant la guerre à travers les campagnes italiennes en 1944. Rosetta est pieuse, vierge, chaste et honnête, une « petite sainte ». Mais, un jour, elle est violée par un groupe de soldats marocains de l’armée alliée combattant en Italie. Rosetta réagit à ce traumatisme non pas en éprouvant du dégoût pour le sexe, soit par une réponse hystérique. Elle opte au contraire pour une réponse perverse. En fait, elle se donne à tous les garçons qui la demandent, elle s’offre à n’importe quel jeu sexuel qui lui est proposé, elle fait « la petite esclave » de ses amants, radicalisant sa position de simple objet sexuel pour l’autre. Moravia souligne la teneur masochiste de sa promiscuité : c’est comme s’il lui fallait éprouver et réprouver sans cesse ce que ces soldats lui avaient fait.

56Mais je me demande s’il n’y a pas un peu de Rosetta dans toute femme. N’y a-t-il pas chez elle quelque chose qui doit transformer la défaite en triomphe paradoxal ? transformer le déplaisir d’être un objet passif dans le plaisir de l’être pour l’autre aimé ? Mais ce qui distingue la solution féminine de la perversion masculine est ce plaisir – plus sublime que beau – de la femme qui s’offre au plaisir de l’autre.

57Justement parce que pour chaque femme son propre partenaire est un substitut, un pis-aller, un succédané de l’Homme idéal, la femme à la fin s’ouvre au souci pour ce « pauvre homme » qui la désire et parfois l’aime, lui réservant ce culte charitable qui était destiné à l’Homme qui lui manquera toujours.

Mais les autres existent-ils ?
58Tout ce que nous avons dit jusqu’à maintenant sur les perversions met en jeu la subjectivité de l’autre comme un réel auquel nous nous confrontons. Mais aujourd’hui, il y a une grande confusion sur la façon de concevoir l’autre et sa subjectivité.

59Le sadique, comme nous l’avons vu, ne traite pas du tout sa victime comme si elle était un objet inanimé – il n’exprime pas simplement sa rage et son agressivité. Le cruel jouit de la souffrance, et donc de la subjectivité, d’autrui : il exploite la douleur d’un sujet réel pour triompher de sa propre douleur. Même lorsque le sadique se contente de sévir sur des animaux, c’est de la subjectivité animale dont il a besoin – à savoir, de cette capacité de souffrir qui rend les animaux si semblables à nous, ce qui nous permet de les aimer.

60La société moderne – où l’on cherche à bien traiter les autres en leur garantissant sécurité sociale et droits civils – n’est certes pas sadique, mais justement parce qu’elle traite chaque autre comme un objet : dans cette société on s’est rendu compte que par le fait de bien traiter les autres, il est possible d’en tirer un profit maximal. Ce qui importe est que l’autre, esclave ou libre, soit un objet, à savoir un instrument de production à optimiser. Paradoxalement, au contraire, c’est la perversion qui nous fait comprendre – à contre-jour – en quel sens la subjectivité de l’autre nous concerne, comment celle-ci est en somme liée à l’édification de notre même subjectivité.

61Il est vrai que quelques écoles psychanalytiques – dont quelques-unes sont hégémoniques – ont dépassé un certain solipsisme théorique de la métapsychologie classique et ont thématisé explicitement la réalité de l’autre comme quelque chose qui concerne le développement subjectif. C’est le cas, en particulier, de Winnicott, de Lacan et des analystes de tendance herméneutique.

62Winnicott, en distinguant la mère assez bonne de celle qui ne l’est pas, a fait donc de la mère réelle – et non pas de la mère imaginée ou hallucinée par le sujet – la protagoniste du développement psychique. Dans ce cadre, il souligne les capacités d’une mère à fantasmer, à comprendre les désirs vrais de son enfant, etc.

63Lacan, en disant que « le désir de l’homme est le désir de l’Autre », a introduit la dimension de l’Autre comme centrale : chaque sujet se constitue non pas comme « machine célibataire » (selon le titre d’une exposition vénitienne inspirée par un titre de Duchamp) à travers ses propres fantasmes et processus imaginaires intérieurs, mais en relation au désir et à la jouissance de l’Autre. Chaque sujet ne veut pas satisfaire simplement ses propres pulsions ou fantasmes, il veut aussi satisfaire l’Autre (avant tout autre, sa mère) dont il capte les désirs.

64Les herméneutiques et phénoménologues, eux, dissolvent l’unité du sujet dans la relation entre sujets : la phénoménologie de l’individu est ramenée à l’intersubjectivité, qui est décrite comme constituante de toute individuation personnelle. Le Dasein (l’être humain dans sa singularité) est reconduit au Mitsein, à l’être-avec. De là l’insistance des phénoménologues sur la « relation », sur le « champ », sur le « système de rapports ».

65Pourtant, malgré ses avancées, je crois qu’encore maintenant la psychanalyse ne réussit pas à thématiser vraiment la réalité de l’autre comme constituante la subjectivité.

66Certes, pour Winnicott (comme pour bien d’autres analystes de l’object relation theory) notre destin psychique dépend bien de notre mère, mais seulement dans la mesure où elle est notre mère – quelque chose pour nous et en relation avec nous – et non pas en tant qu’elle est une femme qui fait beaucoup d’autres choses que celles dites maternelles. C’est-à-dire que ce que notre mère fait et pense ne serait important que dans la mesure où ce faire et ce penser passerait ensuite dans sa relation avec nous, ses enfants. La réalité soit du sujet soit de l’autre se réduit à leur être en relation entre eux, à leur présence ou absence réciproques, et donc elle transcende peu ce que chacun est pour l’autre.

67Quant à Lacan, la réalité de l’Autre est confisquée par le langage : l’Autre compte non pas pour autant qu’il est un sujet autre que moi, mais en tant qu’il incarne l’instance du symbolique. Pour Lacan, le sujet doit plutôt réaliser que l’Autre n’existe pas. L’Autre s’estompe dans le « trésor des signifiants » en quoi il consiste – bref, dans l’Esprit Objectif (Objektive Geist) de Hegel. La vraie altérité ne sont plus maman, papa, les frères et sœurs, les petites amies en chair et en os – en somme, les autres – mais celle du signifiant qui nous détermine. Si chez Winnicott l’autre s’évanouit dans « la mère plus ou moins bonne pour moi », chez Lacan il s’évanouit dans l’Esprit symbolique qui en commande l’action.

68Pour la phénoménologie, au contraire, le sujet s’affranchit d’emblée de sa solitude et apparaît déterminé dans le jeu irréductible de son être-avec-les-autres et être-pour-les-autres. Mais justement, la phénoménologie donne axiomatiquement comme résolu un problème qui au contraire reste tel : notre être-avec-l’autre n’est pas une réalité primaire immédiate, totale, non analysable. D’ailleurs, tous les autres ne comptent pour nous, et de plus ne comptent qu’à certaines conditions. La phénoménologie même tend en somme à dissoudre la réalité du sujet et de l’autre – ce qui est en-deça et au-delà de leur relation – dans la relation elle-même, dans leur interdépendance ontologique. De cette manière, ce qui a été le grand tournant freudien – souligner la densité des pulsions et des tensions biologiques – est presque effacé dans une sorte d’inter-psychisme désincarné. Ce qui justement est problèmatique pour le névrosé – sa perte de réalité, à savoir, sa perte des autres – devient plutôt dans la phénoménologie une donnée absolue d’où partir : nous tous serions souci pour les autres. Plût au ciel ! Dit autrement : les autres nous conditionnent – non pas seulement parce qu’ils ont le pouvoir de nous faire faire plus ou moins les choses que nous voulons faire, mais parce que ce qu’ils ressentent, pensent et savent de nous nous concerne au plus haut degré. Au fond, nous vivons en grande partie pour complaire les autres. Malheureusement ou heureusement, nous sommes jamais ni autonomes ni seuls.

69Le pervers nous enseigne alors quelque chose dans la mesure où il ne se soucie pas de l’autre – il n’a pas de charité compatissante pour la sexualité de l’autre – justement parce qu’il a dû élaborer un trauma précoce : il a découvert que l’autre vit une réalité d’où il est exclu. En termes lacaniens : la jouissance de l’autre est une vérité à laquelle il ne participe pas. Le fait de réaliser que l’autre n’est pas notre fonction, l’objet juste pour nous, mais une chose-en-soi-et-pour-soi – une chose, en tant que telle, inaccessible à nous – est hautement traumatique pour beaucoup de sujets. Le sujet souffre de son exclusion de l’autre – au fond, de sa limitation comme un être fini, même dans l’eros. Le pervers éprouve la nostalgie d’« une vraie vie » – où il jouirait de l’autre comme s’il était lui-même l’autre – à laquelle il n’a jamais eu accès. Pourtant, il arrive à transmuer cette exclusion en plaisir. Tandis que le névrosé est persécuté par cette exclusion, en dépit de sa volonté d’aller au-delà du traumatisme et de s’inclure dans la vie des autres.
Qualifications professionnelles de DUBREUIL :
DE de psychomotricité - Master 2 de Psychopathologie clinique - DU de psychanalyse
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Dubreuil
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

COVID

Nous devons apprendre à prendre la "température" de nos émotions. Dans le contexte actuel, de nombreuses personnes commencent à somatiser la peur et la panique au point de ressentir bon nombre des symptômes associés au coronavirus.
Somatisation des coronavirus : j'ai tous les symptômes !
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J’ai perdu mon odorat et mon goût. Je tousse et je crois même que j’ai le souffle court. Cette symptomatologie associée à la COVID-19 commence à être ressentie par un bon nombre de personnes qui n’ont pas la maladie. Ils ne seront positifs à aucun test car ce dont ils souffrent, en réalité, est un effet psychologique du contexte actuel : la somatisation du coronavirus.

Les troubles psychosomatiques se produisent plus normalement qu’on ne le pense et dans les circonstances actuelles, leur apparition sera plus importante. La raison ? Dans un contexte dominé par la crainte persistante de la contagion, par l’incertitude et l’angoisse psychologique de “ce qui va se passer” ou de “si je suis infecté, je serai sûrement admis à l’hôpital“, tout un vivier émotionnel se forme. De telle sorte que, tôt ou tard, des symptômes physiques apparaissent.

La somatisation n’est pas la même chose que l’hypocondrie. La somatisation, ce n’est pas inventer ce qui n’existe pas. Ce n’est pas non plus fabuler et encore moins perdre la tête. Nous devons comprendre que cette condition est décrite dans le DSM-V (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Il s’agit d’une réalité que tous les médecins ont tendance à voir quotidiennement.

Migraines, douleurs articulaires, épuisement, problèmes digestifs, tachycardie, vertiges… Toutes ces réalités cliniques sont très fréquentes. Les patients les subissent, mais les déclencheurs ne sont autres que nos émotions et nos traumatismes, l’anxiété, la frustration constante… Dans un contexte de pandémie, il est non seulement normal que la somatisation apparaisse, mais il faut aussi s’y attendre.

La somatisation des coronavirus chez un homme
Somatisation des coronavirus : un autre effet de la pandémie
La situation est presque toujours la même. Vous commencez à sentir une toux, un mal de tête, de la fatigue, vous mettez votre main sur votre front et vous êtes plus chaud que d’habitude. Le plus inquiétant est lorsque, soudainement, un poids apparaît sur votre poitrine et qu’il semble que vous ne respirez plus.

Face à ces symptômes, nous allons tous immédiatement sur Google pour découvrir quelque chose d’évident. Ces caractéristiques coïncident avec le COVID-19. Evidemment, le pire est arrivé.

Il est fort probable que si une personne qui vit cette somatisation utilise un thermomètre, sa température sera tout à fait normale. Cependant, le mal de tête sera réel, tout comme la toux et cet épuisement persistant. Parce que c’est ainsi que fonctionne la somatisation. Comme l’explique la neurologue Suzanne O’Sullivan, experte en la matière et auteur du livre It’s All in Your Head, chacun de nous est susceptible d’en souffrir une fois qu’il a franchi le seuil de la détresse.

Le stress quotidien, l’anxiété qui n’est pas gérée et devient chronique, les émotions qui se nouent et ne nous laissent pas respirer… Tout cela agit comme un déclencheur. Tout cela va du niveau émotionnel au niveau physique sous forme de maux de tête, dyspepsie, troubles respiratoires, insomnie et fatigue chronique. Et au-delà de ce que l’on peut penser, il n’est pas du tout facile de faire face à ces réalités cliniques.

En temps de crise, les troubles somatiques augmentent
Une étude réalisée à l’université de Hambourg, en Allemagne, par le Dr Bernard Löwe, a révélé quelque chose d’intéressant.

Après une enquête dans 15 centres de santé où le PHQ-15, une échelle permettant d’identifier les symptômes somatiques, a été appliqué, il a été constaté que près de 50% des patients souffrent de troubles anxieux. Tous présentaient des problèmes psychosomatiques.

Nous savons donc que la relation entre l’anxiété et la somatisation est évidente. Mais comme l’explique le médecin français Gilbert Tordjman dans son livre Comprendre les maladies psychosomatiques, celles-ci se développent plus intensément en temps de crise. Des problèmes au travail, des problèmes relationnels, la souffrance provoquée par un deuil…

Il est donc évident que la somatisation du coronavirus est un phénomène presque attendu à l’heure actuelle.

Somatisation du coronavirus, puis-je en être atteint ?
Une chose qui est claire pour nous dans le domaine de la psychologie est que dans le contexte actuel, il est essentiel de s’occuper également de la santé mentale. Désormais, nous sommes constamment exposés à toutes sortes d’informations liées au COVID-19.

Nous avalons les données et ne les digérons pas. Nous voyons des images sans cligner des yeux. Et nous lisons sans filtrer. Le virus a changé nos vies. Nous sommes confinés. Et le pire, c’est que nous ne savons pas ce qui se passera demain.

Le bilan émotionnel de ces processus est immense. De plus, il y a une réalité indéniable : nous n’avons jamais vécu une telle chose auparavant.

La somatisation du coronavirus est un autre effet de la pandémie et de nombreuses personnes en souffrent. Les mêmes personnes qui contactent leurs centres de soins primaires pour décrire une symptomatologie qui correspond au millimètre près au virus lui-même.

Étant donné le manque de tests, il est très probable que plus d’une personne passe par un confinement recommandé en pensant qu’elle a effectivement le virus. Mais soyons clairs sur un aspect : la somatisation peut générer des douleurs et de la fatigue, mais pas de la fièvre. C’est un signe qui devrait nous aider à discriminer la présence ou non d’une infection.

COVID-19 écrit avec des médicaments
Faites attention à la “température” de vos émotions
Bien que votre corps ne combatte pas la charge virale du COVID-19 en ce moment, votre esprit combat un autre ennemi : la peur. Vous avez le droit de la ressentir, c’est vrai. Cette émotion a pour but de nous protéger du danger et de nous mettre en sécurité.

Mais parfois, si nous nous laissons emporter par la détresse la plus aiguë, la “fièvre psychologique” va monter. Les pensées négatives s’enflammeront en prenant le contrôle de votre réalité. La panique viendra, la douleur viendra, et tous les symptômes de la somatisation des coronavirus.

Nous devons apprendre à prendre la “température” de nos émotions pour éviter qu’elles ne nous mènent à la limite, qu’elles ne rendent notre corps et notre santé captifs.

Il s’agit d’une tâche quotidienne qui implique une grande responsabilité. Car ce qui se passe avec les troubles psychosomatiques, c’est que beaucoup de gens refusent d’accepter que cette douleur ait une origine émotionnelle. Et dans certains cas, ils persistent à poursuivre des traitements médicamenteux qui n’aident pas ou ne servent pas.

Accordons la priorité à notre bien-être émotionnel, à notre santé mentale.
Qualifications professionnelles de DUBREUIL :
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Dubreuil
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Message par Dubreuil »

Sigmund Freud

Le déni
Le déni est un mécanisme par lequel le sujet refuse de constater, de considérer, de voir l’évidence. Ce mécanisme porte sur le réel, plus exactement sur le réel d’une perception. Il peut se résumer à ceci : le refus de la réalité d’une perception. Le déni provoque chez celui qui en est le témoin l’idée d’une injustice, rappelant le traditionnel « déni de justice », quand bien même il s’agirait plutôt d’un sentiment de tromperie dû au refus pour le sujet de considérer ce qui est de l’ordre d’une réalité observable. Le contraste ramènerait ainsi ce mécanisme du côté du psychotique.
Originellement, c’est le mécanisme psychique par lequel le petit enfant se protège de la menace de castration ; il refuse alors, il désavoue, il dénie donc l’absence de pénis chez la fille, la femme, la mère et va croire pour un temps à l’existence du phallus maternel, sorte de remplacement qui pourra plus tard être considéré du point de vue symbolique comme un fétiche.

Elaboration du concept de déni chez Freud
Si le terme de déni apparaît pour la première fois en tant que tel en 1925 dans Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes, il est déjà question de ce mécanisme dans d’autres écrits de 1905 et de 1908 : « L’enfant refuse l’évidence, refuse de reconnaître l’absence de pénis chez la mère. Tous les être humains sont comme lui, pourvus d’un pénis. » L’enfant pensant à ce moment que le pénis va se développer ultérieurement.
Plus tard, dans L’Organisation génitale infantile (1923), Freud est encore plus explicite : « Pour l’enfant, un seul organe génital, l’organe mâle, joue un rôle : c’est le primat du phallus.«
Mais Freud affirme que le déni, « normal » durant la phase phallique (phase où le petit enfant témoigne d’une ignorance par rapport à la nature des organes génitaux féminins), devient problématique à partir du moment où il se prolonge au-delà de cette phase.

Fétichisme
Il arrive que l’enfant persiste dans sa croyance en le pénis de la femme, ou, plus précisément, il conserve sa croyance en l’existence du phallus maternel et, dans un même mouvement de pensée, il l’abandonne et le remplace par le fétiche.
Le fétiche sera ainsi le témoin que la réalité constatée, bien que déniée, n’en a pas moins joué un rôle ; le fétiche apparaîtra alors comme un substitut du phallus maternel.

Déni et clivage du moi
Freud inaugure dans l’article de 1927 sur Le Fétichisme la notion de « clivage du moi ». Il donne l’exemple de deux personnes dont l’analyse révèle une ignorance, plus exactement, dans notre idée de déni, un refus de la mort de leur père, tout comme pour le fétichiste, une méconnaissance à l’endroit de la castration de la femme. Il y avait chez ces jeunes hommes deux courants psychiques contradictoires qui coexistaient : l’un fondé sur la réalité (la mort du père), l’autre sur le désir (envers le père) ; l’un tenait compte de la mort du père, l’autre ne la reconnaissait pas.
Freud note que si dans le cas des névroses, le processus à l’oeuvre est le refoulement, dans le fétichisme et les substitutions de cette nature, il s’agit bien du déni, où l’on a affaire à ce paradoxe psychique qui est que certains sujets savent, ont connaissance de quelque chose et à la fois ne savent pas, ou, bien entendu, ne veulent rien en savoir.

Le pervers
Le pervers réalise la négation de la différence de l’autre, en vue de le contraindre à partager sa propre vision du sexuel ou de la relation, de manière violente, sur le fond et sur la forme, et il fait unilatéralement de l’autre un objet, au sens trivial du terme, lui déniant ainsi le statut de sujet. C’est d’ailleurs un procédé commun aux pathologies narcissiques que de faire de l’autre un « objet ».

La dénégation
La dénégation est un mécanisme par lequel le sujet refuse d’accepter, d’admettre, de reconnaître l’évidence. Ce mécanisme porte sur des contenus intra-psychiques, tel le refus d’avouer, de reconnaître ce qui répond cependant aux caractéristiques de la réalité constatable, à savoir une certitude. Il peut se résumer à ceci : le refus d’admettre une vérité. En cela il impliquerait plutôt à considérer l’ordre du névrotique.

Le refoulement
Ce mécanisme consiste à refuser de reconnaître comme siens une pensée, un désir ou un sentiment, sources de conflits intra-psychiques inacceptables dans l’instant de cette pensée, de ce désir, de ce sentiment. C’est l’attitude psychologique qui consiste, pour un sujet, à refuser, en la niant, telle pensée, ainsi qu’il pourrait en être avec tel lapsus, qui fonctionne ainsi comme un acte manqué, par lui énoncée.
Originellement, Freud, employant die Verneinung, signifant d’abord la négation (1925, Imago, traduit en 1934, RFP), la négation étant liée au refoulement, lequel peut par exemple la forme d’une association spontanée. Car en effet, si une personne nie quelque chose dans un jugement, cela signifie que ce quelque chose, cette personne préfère le refouler, le jugement étant alors, du fait de son caractère apparemment définitif, le substitut intellectuel du refoulement.

Le jugement
Freud va montrer le rôle de la négation dans la fonction du jugement. Par le symbole de la négation, la pensée se libère des limitations du refoulement. Freud considère d’abord les deux décisions possiblement incluses dans la fonction de jugement :
– le jugement qui attribue ou refuse une propriété à une chose,
– le jugement qui reconnaît ou qui conteste à une représentation une existence dans la réalité.
Pour le premier, le jugement d’attribution, le plus ancien critère pour attribuer ou refuser, est le critère du bon et du mauvais. Dans cette phase, il ne s’agit pas encore de sujet. A partir d’un moi indifférencié, le moi du principe de plaisir se constitue, le dedans étant lié au bon, le dehors au mauvais.
Pour le second, il concerne le moi de la réalité définitif, qui se développe à partir de ce principe de plaisir. Cependant, c’est l’épreuve de la réalité qui est ici convoquée. Dans cette phase, il s’agit de savoir si quelque chose de présent dans le moi comme représentation peut aussi être retrouvé dans la perception de la réalité.

Plaisir et réalité
Du point de vue du principe de plaisir, la satisfaction pourrait venir d’une « hallucination » de l’objet. C’est pour parer à cette tendance à halluciner, c’est-à-dire à ne pas vouloir (ne pas vouloir désirer) la réalité des faits que l’intervention du principe de réalité se révèle nécessaire. Ici apparaît le critère de l’action motrice ou de la confrontation au réel. Celles-ci mettent fin à l’ajournement de la pensée. Elles font passer à l’action, le jugement devant être alors considéré comme une approximation motrice, avec faible décharge. Le moi va dès lors en quelque sorte goûter les « excitations » extérieures pour se retirer à nouveau après chacune de ses tentatives bégayantes.

L’accomplissement de la fonction de jugement n’est rendu possible que par la création du symbole de la négation. D’où son indépendance à l’égard du refoulement et du principe de plaisir. Aucun « non », dit Freud, ne provient de l’inconscient.

Nicolas Koreicho – mars 2017 – Institut Français de Psychanalyse©
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