Urgent, c'est le tournant de ma vie

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Dubreuil
Psychologue clinicien
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

Être sujet, c’est autre chose que d’être un regard devant le regard de l’autre...

Jacques Lacan

Comment se pose la question de l’autre et du face à face, de la rencontre avec le regard de l’autre ? Nous énoncerons que c’est dans l’évocation de l’effroi d’une part et du registre de l’obscènité d’autre part, que se pose la question de l’altérité en tant qu’impossible rencontre des regards. Les grecs mettent en scène le registre de l’obscènité comme adossé à celui de l’effroi à travers deux figures féminines, Baubô et Méduse. L’histoire de Baubô est associée à la déesse Déméter qui, desespérée de l’enlèvement de sa fille Perséphone, errait à la surface du monde qu’elle vouait à la sécheresse et à la famine.La tradition présente Baubô comme une vieille femme, un peu commère, qui offrit l’hospitalité à la déesse et lui proposa un potage que celle-ci dans sa douleur ne voulut pas accepter. Désemparée, Baubô eut alors ce geste : elle retroussa ses vêtements et montra son sexe à la déesse. Ce que Baubô fait voir à Démeter, par le dévoilement de son bas-ventre, c’est un sexe maquillé, dit-on, un visage en forme de sexe, le sexe fait masque. Elle profère aussi des obscènités, des plaisanteries graveleuses. Cette scène obscène provoque alors le rire de Démeter qui sort ainsi de sa mélancolie dont elle couvrait le monde. L’effet libérateur de l’obscène opère en une monstration indécente dans et par le langage. Baubo, c’est l’obscènité qui fait front à une autre obscènité, à la féminité funeste de Démeter.

D’un autre côté, Méduse est cette face à l’œil terrible, un trou d’épouvante, l’impossible objet de regard. C’est ce qui ne peut être regardé sans y laisser sa vie. Dévisager Méduse, « c’est dans son œil perdre la vue et se transformer en pierre »[2] ; trouver le point de son dé-visage. L’œil fascinant de Méduse rend impossible la formation du regard et tout sujet du regard. « Regarder Méduse dans les yeux c’est se trouver nez à nez avec l’au-delà dans sa dimension de terreur, croiser le regard avec l’œil qui ne cessant de vous fixer est la négation du regard »[3]. Le champ fascinant de Méduse se réfère à sa facialité opposée à l’humanité du visage. Dans ce face à face de la frontalité, ce qui se joue est une jouissance de mort, « l’horreur terrifiante d’une altérité radicale » et ce qui se pose dans la facialité de l’autre est la question du féminin assimilé à l’abîme, l’absolu autre. Méduse, c’est un obscène qui porte le malheur, le mauvais œil, un œil hors-visage. A contrario l’obscène de Baubo sollicite un regard qui rejoint un visage, un visage-sexe. La mise en jeu de l’obscène en sa portée terrifiante ou libératrice participe de la construction/déconstruction du visage. De Méduse à Baubo se mène une lutte d’obscénités d’où procède le sujet. Contre le cri, la parole, contre la face grimaçante de Méduse, le visage rieur de Baubo

Interessons-nous un instant au mythe de Persée qui, avec l’aide des dieux, osa affronter Méduse, aller à la rencontre de son regard mortel et en sortit victorieux. Persée va au devant de Méduse en connaissant son pouvoir, il sait ce qu’il ne doit pas faire, la regarder de face.Toute sa stratégie va consister à la « loger » et capturer son regard par un effet de détournement en utilisant le reflet de son bouclier qui lui permettra de lorgner, si l’on peut dire, l’image de Méduse. Il voit Méduse sans avoir à la regarder et de son glaive la décapite. Cette tête qu’il cache dans sa besace, il pourra, en se plaçant de profil, la brandir devant ses ennemis et les transformer en pierre. Par ce mythe, ce qui ne peut être, c’est regarder le regard, regarder être regardé.Tout un champ de l’obscène se situe là. Persée détourne l’obscène de Méduse à son profit en s’en emparant comme image dans le miroir-écran. Il voit l’obscène dans le miroir mais strictement ne le regarde pas. Il en fait, dirons-nous un visage pour s’échapper du face contre face. L’impossible, c’est que les regards se croisent. Par le miroir, Persée introjecte une part de Méduse et s’en préserve. L’obscène est l’image inversée de l’horreur. Persée se tenant devant le miroir capte l’image de Méduse en même temps qu’il s’y voit. C’est lui-même à présent comme moi-masque : sa personne et son visage, le champ du visible, du possible visible.La tête décapitée de Méduse est hors du possible visible.Enfermée dans le sac de Persée elle est, dirons-nous, à sa main mais barrée de son regard. C’est en ce sens que les regards de l’un et l’autre se décroisent. C’est ce lieu d’invisibilité dans la relation de sujet à sujet qui isole les champs du regard. Le sujet ne regarde l’autre que sur le mode de l’évitement et d’une illusoire rencontre. Du regard de l’autre il n’a que l’effet d’un masque dont il fait les marques de son propre visage, de sa propre visibilité. Un temps originaire et mythique de dualité et de non-séparabilité nous informe d’un premier narcissisme qui s’achève ou plus réellement tombe avec la tête de Méduse dans le sac de Persée, dans l’invisible d’un lieu qui conservera en lui-même son pouvoir de mort, celui du premier regard. Persée sort de son épreuve pour accéder à lui-même dans le miroir de son bouclier dans l’instant d’un glissement : la disparition de la tête de Méduse, sa mise hors-cadre. Il occupe alors dans le miroir la place imaginaire de la tête de Méduse, la vacance de son regard. C’est ici que nous précisons ce que nous avons nommé une lutte d’obscènités et par laquelle s’élabore le champ du visible.

Un etrange lien analogique semble relier le montage du mythe de Persée et celui du schéma optique de Lacan, autrement désigné schéma des idéaux de la personne. Sans pouvoir ici approfondir ce rapport, nous évoquerons que le modèle théorique de Lacan nous met en présence de deux images – i(a), i’(a) image réelle et image spéculaire – par lesquelles le sujet se pose et tient dans sa relation aux autres. Ce qu’il faut retenir est que le sujet n’accède à l’image réelle que par l’image spéculaire. L’image réelle (représentée dans le schéma par le miroir concave) est perdue ou plus strictement rendue invisible par la déviation du miroir plan qui situe la place du sujet parlant comme aliéné à la position de l’autre. Autrement dit la première image de soi n’est pas seulement inconsciente, elle est non-visible, recouverte, enfermée par la seconde, métaphore de la tête de Méduse dans le sac de Persée.

La fonction apotropaïque de l’obscène

Dans l’espace du regard, l’obscène occupe une fonction qui est celle d’une mise à distance du regard de l’autre et de son enfermement. La monstration de l’obscène vise à fixer ce mauvais œil qui est regard sans visage, un regard errant. Voici le sens apotropaïque de cette catégorie qui prenait une place centrale dans les sociétés anciennes et qui était au cœur du lien social. Montrer l’obscène, le mettre en mots constituait un rituel social. Les Latins accordaient au phallus que l’on appelait fascinus un pouvoir magique. Son image se rencontre partout au seuil des maisons ou suspendue au cou des enfants. « Dans les champs, écrit Pierre Grimal, les paysans la dressaient comme sauvegarde des récoltes et, jusque sur le char des triomphateurs, le même symbole témoignait de la même foi dans la vertu bénéfique d’un organe qui apparaissait comme le lieu de vie par excellence. Le phallus était le talisman le plus efficace contre toutes les puissances mauvaises, les maléfices, tout ce qui empêche ou contrarie la croissance et l’épanouissement heureux des êtres, hommes, animaux ou plantes. À son image n’était attachée aucune honte »[4]. Le phallus était porté en procession pour assurer de bonnes récoltes et pour l’accompagner chacun employait le langage le plus obscène. « Ces propos que l’on échangeait donnèrent naissance à des formules quasi rituelles, rythmées, qui prirent le nom de “vers fescennins”, et que les spectateurs, au passage d’un cortège nuptial ou d’une procession triomphale lançaient aux participants »[5]. Mais l’obscène n’est pas simplement un voir et un faire voir, un dire et un faire dire, c’est aussi un rire et un faire rire.La scène obscène donne lieu à la provocation du rire et à son déploiement. La fonction du rire est indissociable de la fonction de l’obscène langagier. Le rire survient au surgissement de l’obscène comme un cri qui marque une délivrance. Ce autour de quoi joue le lien social, c’est l’obscène langagier et le rire. Nous savons que Priape, une autre formule du phallus exposé, est un dieu risible, emprunt de ridicule et c’est en cela qu’il est libérateur. On se rappelle aussi le rire de Déméter devant la jupe relevée de Baubo, comme si le sexe devait devenir risible, ridicule pour qu’on puisse en jouir, pour ordonner du désir.

L’hypothèse à défendre est que l’on se sort du face à face avec le regard de l’autre, avec l’autre médusant, que par la mise en signifiants de l’obscène. L’obscène est ce par quoi se règle le rapport avec l’autre. L’obscène n’est pas un signifiant, c’est une catégorie à l’intérieur de laquelle se regroupent des signifiants. Il exerce un pôle gravitationnel et se définit comme occupant une place à l’intérieur d’un système, sans laquelle s’effondre ce système. Nous dirons qu’il occupe une fonction, celle de faire tenir la relation à l’autre. Notre recherche voudrait suivre ce mouvement : procéder à une certaine analytique de la notion avant d’en rechercher aujourd’hui sa fonctionnalité. Quelle est la fonction actuelle de l’obscène ? Quelle est par exemple la fonction de l’obscène dans un langage qui ne peut être qu’injurieux ? Une manière d’être devant l’autre pour lutter contre sa face, sa fascination. L’autre n’est que face, il ne devient pas un visage. Seul le rapport au visage permet de soutenir le regard.

Sur le regard

Depuis notre analyse du mythe de Persée et de son dispositif de détournement du regard, nous savons qu’un sujet ne produit son regard que dans l’instant où il échappe à celui de l’autre. Les êtres se voient mais ne se regardent pas. Le regard de l’autre est insaisissable mais il me poursuit. Nous sommes contraints par le regard de l’autre. Un regard est porté sur moi qui me menace et qui m’y attache, m’assume même de mon être en m’échappant. Je ne peux voir ce regard qu’en un visage, qu'en un cadre. Je vois le regard, c’est-à-dire je le suis à la trace : il fait trace dans la formation du visage sans jamais restituer une rencontre. Le rapport au visage, au sien propre comme à celui de l’autre constitue une sortie du face à face, de l’œil pour œil. Je me sais regardé et par là-même reconnu mais sans que je puisse localiser une place fixe à ce regard qui me cerne. Le regard de l’autre est une évanescence. Mais aussi, si je regarde, si je suis un être regardant, c’est pour autant que je sais ne pas être repéré, assigné comme regard par un autre regard. Sait-il d’où je regarde et où je regarde ? La relation amoureuse ou hypnotique, pour reprendre cette analogie freudienne, est peut-être ce moment où je m’éprouve comme regard retenu, attaché en un point extérieur qui me tient et me dépossède.

Parce que je ne sais d’où je suis regardé, je ne peux qu’être surpris par le regard de l’autre, sous sa menace. Telle est la portée de l’étude magistrale de Sartre sur le regard qu’il nous semble nécessaire de rappeler. « Par le regard d’autrui, je me vis comme figé au milieu du monde, comme en danger, comme irrémédiable. Mais je ne sais ni quel je suis, ni quelle est ma place dans le monde, ni quelle face ce monde où je suis tourne vers autrui… Autrui est l’être vers qui je ne tourne pas mon attention. Il est celui qui me regarde et que je ne regarde pas encore, celui qui me livre à moi-même comme non-révélé, mais sans se révéler lui-même, celui qui m’est présent en tant qu’il me vise et non pas en tant qu’il est visé ; il est le pôle concret et hors d’atteinte de ma fuite, de l’aliénation de mes possibles et de l’écoulement du monde vers un autre monde qui est le même et pourtant incommunicable avec celui-ci »[6]. Ce qui permet de saisir en quoi le surgissement de l’autre dans et par son regard est une présence absente.Sans doute est-il un sens ou une direction mais il est impossible de faire correspondre autrui à un regard qui l’objectiverait, à un objet-regard. « En aucune façon, autrui ne nous est donné comme objet. L’objectivation d’autrui serait l’effondrement de son être-regard… Dans le phénomène du regard, autrui est, par principe, ce qui ne peut être objet… Dans l’épreuve du regard, en m’éprouvant comme objectité non-révélé, j’éprouve directement et avec mon être l’insaisissable subjectivité d’autrui »[7]. Sartre procède ainsi à un décollement du regard de toute forme objective d’où il émanerait, de sa source qui serait l’œil. Le regard se détache de l’œil, se disjoint de son support de chair. Dans l’éprouvé du regard d’autrui disparaissent les yeux d’autrui qui le manifestent comme fondamentale inadéquation. « Loin de percevoir le regard sur les objets qui le manifestent, mon appréhension d’un regard tourné vers moi paraît sur fond de destruction des yeux qui me regardent : si j’appréhende le regard, je cesse de percevoir les yeux… Nous ne pouvons percevoir le monde et saisir en même temps un regard fixé sur nous ; il faut que ce soit l’un où l’autre »[8]. Notre perception du monde est toujours en deça du regard, un raté du regard, et le regard n’est pas un objet perçu. Il y a dans le regard présence diffuse : hantise, écoulement de l’autre à la surface de mon être qui le font défaillir. La honte, comme défaillance est, par exemple, le mode essentiel sous lequel m’apparaît le regard d’autrui, comme si ce regard opérait une déchirure à la surface de mon moi-masque. Le regard d’autrui soutient ma honte et ma honte me constitue devant ce regard. « Si je suis tout entier à ma honte par exemple, autrui est la présence immense et invisible qui soutient cette honte et l’embrasse de toute part, c’est le milieu de soutien de mon être révélé »[9]. Par cette honte je suis le témoin d’un dehors qui me tient et que j’ignore.

C’est cette disjonction de l’œil et du regard qui va permettre à Lacan de désigner la coupure par laquelle un sujet dans le champ scopique se détermine dans un rapport à un objet insaisissable. « De tous les objets dans lesquels le sujet peut reconnaître la dépendance où il est dans le registre du désir, le regard se spécifie comme insaisissable »[10]. Le regard, objet a en son algèbre, vient à représenter un point de fuite, un manque central exprimé dans le phénomène de la castration. Le regard de l’autre est celui dont se détourne Persée dans son bouclier-miroir. Le regard de l’autre n’est pas un regard regardé, mais un regard construit, imaginé au champ de l’autre qui ouvre à la formation du visage en sa fonction d’écran. « Dans notre rapport aux choses, énonce Lacan, tel qu’il est constitué par la voie de la vision, et ordonné dans les figures de la représentation, quelque chose glisse, passe, se transmet, d’étage en étage, pour y être toujours à quelque dégré éludé. C’est ça qui s’appelle le regard »[11]. Ainsi, le manque central dans le champ du visible, c’est le regard, et s’il est admettre que le sujet regarde quelque chose en son dire, c’est cependant ce qui ne peut pas se voir. Rejoindre le regard de l’autre par la voie même de son propre regard est un point d’abîme. Ce que nous avons pu dire de la catégorie de l’obscène, du registre obscène de tout rapport du sujet à son monde, marque le registre de la parade et de l’occultation à l’avant du regard de l’autre qui contient toujours un fond de malédiction, un appel fascinatoire. « L’homme, en effet, sait jouer du masque comme étant ce au delà de quoi il y a le regard. L’écran est ici le lieu de la médiation »[12]. Et nous voudrions avancer en montrant comment une théorie de la médiation peut se conjuguer à la question du visage.

Sur le visage

Reprenons notre thèse à ce point d’énonciation : du regard de l’autre, le sujet n’a que l’effet d’un masque dont il fait les marques de son propre visage, de sa propre visibilité. Ainsi admettons-nous que le visage est un espace construit par où se dialectise, s’arrange l’impossible croisement des regards où nous avons situé une opération de coupure de l’œil et du regard. Ce qui résulte de cette opération de coupure est la formation du visage, métaphoriquement, la tête de Persée lorgnant vers son bouclier-miroir. La victoire de Persée sur Méduse, c’est le reflet de la tête de Persée qui vient en recouvrement, en sur-face de la tête de Méduse disparue, strictement mise en sac. Du visage, la psychanalyse n’a pas fait jusqu’à présent un sujet. « Cette anthropologie du visage reste à faire, a écrit P.Fédida. Des philosophes ont ouvert la voie et c’est de leurs écrits qu’il faudrait repartir, car une anthropologie du visage, avant de pouvoir être une sociologie des manifestations et, a fortiori, une typologie physiognomoniste, doit prendre en compte le visage dans le même champ problèmatique que le langage et le temps. Comme le rêve, le visage touche au mort. Deuil et visage portent la même temporalité »[13]. Des philosophes, donc, principalement E. Levinas et G. Deleuze.

La relation avec le visage est chez Lévinas fondatrice, c’est-à-dire que le visage apporte, instaure toute possibilité de signification. Il fonde en quelque sorte le langage comme ce par quoi je suis avec l’autre en humanité. Lévinas parle « du visage de l’autre homme comme étant le lieu originel du sensé… La proximité de l’autre est signifiance du visage »[14]. Le visage apporte la première signification, le surgissement même du rationnel. La relation avec le visage est d’essence éthique ; ce surgissement du visage dans l’ordre de l’apparaître, « son épiphanie », m’assigne à responsabilité face à cet autre qui contient la « mort invisible » qui cependant me regarde, me dévisage, me fait être devant elle. C’est le visage de l’autre dont j’ai à repondre qui me fait dire quelque chose de l’autre. « Cet en-face du visage dans son expression – dans sa mortalité – m’assigne, me demande, me réclame : comme si la mort invisible à qui fait face le visage d’autrui- pure altérité, séparée, en quelque façon, de tout ensemble- était mon affaire… C’est précisément dans ce rappel de responsabilité par le visage qui m’assigne, qui me demande, qui me réclame, c’est dans cette mise en question qu’autrui est prochain »[15]. Sans doute faut-il insister sur l’extension que Lévinas attribue à la notion de visage. Ainsi le visage ne doit pas être entendu de manière étroite, « il peut prendre sens sur ce qui est le contraire du visage. Le visage n’est donc pas couleur des yeux, forme du nez, fraîcheur des yeux… Il peut venir de la nudité d’un bras sculpté par Rodin »[16]. Je suis regardé de l’autre au delà de qui fait ordinairement visage. Le visage excède la forme-figure. Toute une question qui s’ouvre est que le visage-figure peut se désolidariser du regard. Le regard est même ce qui est partout, qui échappe à l’assignation d’un seul visage. Ce qui nous interesse de dire est que le regard voyag sur la surface du corps, il est regard corporéisé, ou encore pour employer un néologisme qu’on retrouvera chez Deleuze, le corps est visagéifié. Nous pouvons appeler visage de l’autre cette partie, ce partiel de l’autre qui nous relie, ce qui nous regarde de lui pour constituer notre regard. Le visage de l’autre, c’est un point de l’objet qui rejoint le sujet, qui l’attache à son désir. C’est ainsi que tout objet pour se constituer visée d’un désir se visagéifie. Il existe un visage de l’objet. C’est l’image de l’autre qui fait capture du regard et de son impossible rencontre qui constitue un visage. C’est le regard en tant qu’encadré, restitué en un cadre, une forme qui fait visage. L’image du corps doit être conçue comme un visage pour autant qu’elle procède de cette mise en jeu du regard en scission de l’œil, mais au delà en scission de la figure. Peut-on alors avancer que l’image inconsciente du corps, c’est l’image inconsciente du corps de l’autre en tant que visage ?

Avec Deleuze, le visage de l’autre peut être entendu comme l’écran, le guide optique qui permet aux signifiants dans le langage de trouver leurs voix aussi bien que leurs voies. « Le visage construit le mur dont le signifiant a besoin pour rebondir, il constitue le mur du signifiant, le cadre ou l’écran. Le visage creuse le trou dont la subjectivation a besoin pour percer… »[17]. Mais le visage n’est pas simplement partie du corps. Est-il même un corps ? Les visages concrets naissent d’« une machine abstraite de visagéité » dit Deleuze, c’est-à-dire un principe de mise en forme, de codage subjectif, d’une origine même par lequel notre monde se visagéifie. Aussi faut-il comprendre que chez Deleuze une autre disjonction vient recouper celle du regard et de l’œil, c’est la coupure entre la tête et le visage. « Le visage ne se produit que lorsque la tête cesse de faire partie du corps, lorsqu’elle cesse d’être codée par le corps, lorsqu’elle cesse elle-même d’avoir un code corporel polyvoque multidimensionnel, lorsque le corps, tête comprise, se trouve décodé et doit être surcodé par quelque chose qu’on appellera Visage »[18]. Ainsi, c’est le corps tout entier qui pour advenir à l’autre doit être visagéifié. C’est situé en une origine un principe signifiant de visagéification qui affecte toutes parties du corps : « la main, le sein, le ventre, le pénis et le vagin, la cuisse, la jambe et le pied seront visagéifiés »[19], mais aussi tous objets qui composent le monde en sa signification pour nous. Pour que nous ayons un rapport au monde, faut-il que celui-ci nous regarde, que ça nous regarde. Ce mouvement par lequel le monde se visagéifie est nommé « mouvement de déterritorialisation ». Il transporte le visage d’une strate à une autre, visagéifie les objets, les affecte d’un degré premier de signifiance. C’est ce rapport entre l’ordre du signifiant et un principe originel de mise en visage qui nous semble ouvrir un angle nouveau de recherche quant à la question vertigineuse de l’existence d’un sujet.

Si les visages concrets procèdent d’un principe de visagéité qui les produit en même temps qu’il donne au signifiant son fond d’impression, est-il possible d’envisager que les visages se défassent ? « Au point, dit Deleuze, que si l’homme a un destin, ce sera plutôt d’échapper au visage, défaire le visage et les visagéifications »[20]. Un visage n’est-il pas toujours sur le point de se brouiller, de nous éloigner de sa familiarité ? Est terrifiant un visage connu dont nous échapperait soudain ce lien d’intimité qui nous le faisait aimer ou encore haïr. Une expression, un trait qui soudain nous apparaissent comme issus d’un ailleurs, qui ne nous attachent plus à l’autre. Ne plus reconnaître le visage de l’autre, mais aussi bien le sien, est un commencement de terreur. La psychose peut être souvent comprise lorsque le visage de l’autre verse dans l’inconnu, dans l’inconnu de son origine. Il me devient inhumain et par là-même me déshumanise. « Défaire le visage, ce n’est pas une petite affaire. On y risque bien la folie : est-ce par hasard que le schizo perd en même temps le sens du visage, de son propre visage et de celui des autres, le sens du paysage, le sens du langage et de ses significations dominantes ? »[21].

Remarques théoriques et cliniques

Paul Abely dans un article un peu oublié s’interessait à ce qu’il nommait « le signe du miroir » dans la démence précoce. « Ce signe consiste en un besoin qu’ont certains sujets de s’examiner longuement et fréquemment devant une surface réfléchissante. Ils utilisent le plus souvent des glaces, les miroirs. Leur examen porte surtout sur leur visage, mais aussi sur l’ensemble du corps… On peut supposer que certains sentiments d’inquiètude et de transformation de la personnalité poussent ces malades à contrôler leur visage et l’expression de leur physionomie »[22]. Ils semblent médusés devant le miroir à la recherche de leur visage ou dans l’impossible de sa fondation. Le syndrome de Cotard ou « délire des négations » offre à la litterature psychiatrique un tableau qui nous apparaît comme un paradigme clinique de ce mouvement de dé-visagéification. Marcel Czermak, dans son approche de la signification psychanalytique du syndrome de Cotard, évoque le cas d’une patiente qui avait le sentiment de perdre ce qu’elle appelait sa vision, c’est-à-dire ce « rapport entre la pensée et le fond des yeux ». Cette perte de vision mentale s’éprouve comme l’impossibilité de se représenter les objets présents, non pas en tant qu’ils sont absents mais en tant qu’ils sont désaffectés, en rupture d’adresse. « C’est ne rien éprouver en les regardant, dit la patiente, ne rien ressentir… Le regard est mort, je vois les couleurs mais ça ne me fait penser à rien. Je ne vois rien, je vois des taches, certains visages comme ça, mais rien ne signifie plus rien… »[23]. Il y a vision mais le regard fait défaut. L’acte de voir n’a plus de sens parce qu’il n’est supporté par aucun regard. Les objets, en somme, ne la regardent plus. C’est parce que le patient Cotard n’a pas constituer en l’autre le regard comme perdu (objet a), c’est-à-dire à retrouver et à poursuivre, que son monde est sans visage, un monde devenu horrifiant. Il est alors lui-même pur regard, un seul regard devant le néant. Nous insistons sur cette idée si embarrassante d’identification à l’objet a : être en objet a sous l’angle d’être un regard pur. Dès lors que le sujet est ce pur regard, son monde advient comme extériorité esseulée, un monde étrange, plus encore, a-formé. Ce qui nous soutient dans le visible, dans cette opération de visagéification du monde, c’est le regard qui est au dehors, manqué et manquant. C’est cette opération disparue qui fige le patient Cotard dans son interminable détresse.

Ce que nous avons appris à nommer avec Lacan « la mort du sujet » comme caractère central de la psychose, nous la repérons ici comme effet de la perte de la dialectique des regards. Les regards ne s’échappent plus, ne se cherchent plus. Le regard du sujet n’est plus suspendu à du regard dans l’autre ; c’est ainsi que le monde perd son visage. Le syndrome de Cotard nous montre l'avènement d’un monde dévisagéifié. À cet effondrement du visage du monde correspond une rupture du temps comme support, socle à partir de quoi est possible le sens de la durée et de toute histoire. Ne plus voir, être dans l’horrible perte de la vision mentale, revient pour un patient Cotard à ne plus se sentir lié au temps d’une histoire, que ce soit la sienne ou celle du monde. Il échappe au temps. L’horreur consiste en cette plongée dans une fin du temps, dans un hors-temps. « Chez le Cotard, énonce Czermak, l’angoisse dont il s’agit, c’est celle de la vie éternelle : la mort du sujet, la disparition de son énonciation, le plante face à cette seconde mort dont Lacan parle à maintes reprises. Ce n’est pas tant la mort qui est redoutable, dit-il, que l’idée que la vie puisse se constituer définitivement, dans cette zone qualifiée de “l’entre-mort” »[24]. Nous postulons ainsi qu’un lien unit dialectique des regards, formation du visage et constitution du temps. La dimension du temps est coextensive à la dimension du visage.

Le signe du miroir est une façon de mettre un mot sur cet indicible champ du fascinatoire qui est tentation du néant, du dé-visage. De cette tentation, tout sujet peut en ressentir l’éclat, l’impression angoissante en certains laps de temps qui bousculent notre durée ; nous visons ici le sentiment d’inquiétante étrangeté ainsi défini par Freud : « Lorsqu’on doute qu’un être apparemment vivant ait une âme, ou bien à l’inverse, si un objet non vivant n’aurait pas par hasard une âme ». Ce rapport trouble de l’animé à l’inanimé est déconstruction passagère du rapport au visage. Soudain un sujet ne sait plus ce qui fait visage. Dans l’inquiétante étrangeté, le monde peut se faire voyeur. Il nous donne l’impression de nous tenir à l’œil, il dévisage à partir de tout et rien. Tout fait visage à l’inverse du Cotard par lequel plus rien ne fait visage. Nous sommes ainsi portés à situer un espace théorico-clinique qui rendrait compte de ces processus de dé-limitation et de dévisagement au-delà même du champ de la psychose. En cette perspective, mention doit être faite du travail récent de Sylvie Le Poulichet quant à ce qu’elle nomme une psychanalyse de l’informe ainsi présentée : « L’informe en psychanalyse désigne à la fois des processus inconscients sous-jacents à des vacillements identificatoires et les formations symptomatiques qui en résultent, depuis la perte temporaire de la perception du visage ou de contours du corps jusqu’à des sensations d’auto-absortion ou de cadavérisation corporelle partielle et différentes formations addictives »[25]. Ces processus limites révéleraient une clinique de l’informe et du dé-visagement en tant que problématique du passage du visible à l’invisible, du dedans au dehors, du moi au non moi.

Pour conclure, rassemblons les différentes perspectives de cette réflexion qui donneraient comme le programme de notre recherche en cours :

Le visage est une construction psychique, un espace construit par où se dialectise, s’arrange l’impossible croisement des regards.

Le visage est au principe de l’écart entre l’œil et le regard.

Il existe un principe originel de visagéification qui affecte sujet et objet, en quoi il est possible de concevoir le visage comme concept.

Le visage est un temps du stade du miroir à penser comme le temps même de ce stade.

Le visage est le lieu du sensé, de ce par quoi il y a du sens possible.

L’image inconsciente du corps, c’est l’image inconsciente du corps de l’autre en tant que visage.

Il est à penser et construire une psychopathologie du rapport au visage. Les troubles de l’image du corps sont des troubles du visage du corps.
Qualifications professionnelles de DUBREUIL :
DE de psychomotricité - Master 2 de Psychopathologie clinique - DU de psychanalyse
*** Pas de consultation via internet, ni d'appel téléphonique, ni de mail. Merci de votre compréhension.
Très bonne année 2021 à chacun(e)d'entre vous, cher(e) internaute, que cette nouvelle année vous soit douce et clémente, dans votre santé, comme en belles émotions affectives.
Dubreuil
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

Re: Jalouse après le comportement de son homme
Message par Antony » 22 nov. 2020, 12:06

Bonnad a écrit : ↑22 nov. 2020, 06:30
" Merci d'avoir pris le temps de donner votre avis.
Super, en gros le monde est constitué de 100% d'hommes qui n'ont ni considération ni respect pour leur femme (90%+10%)"

Antony :
" Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation. Les hommes sont "VISUELS"
C'est le fondement de toute la pub au point de vous vendre un tracteur agricole avec une femme semi-dénudée ! Mdr ! Il suffit de regarder les pub pour les parfums féminins etc.....
S'il y a autant de visiteurs au Crazy Horse, Au lido, au moulin rouge, etc..... c'est qu'il y a un public
S'il y a autant de porno sur internet, c'est qu'il y a un public ....

A moins de crever les yeux, à tous les hommes, vous ne pouvez pas supprimer le sens visuel aux hommes.
Après, il y en a qui vont sublimer la femme, il suffit de regarder les sculptures ou les peintures au Louvres. D'autres vont dégrader la femme en la traitant de chienne, de salope .....
Les nuances sont aussi nombreuses que les couleurs de l'arc en ciel.

Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain !
Ensuite, le comportement de votre homme, lui est propre, et ne peut-être généralisé. Certains vont aimer la nudité sous le manteau de fourrure, d'autres les bas résilles, d'autres les seins, d'autres les fesses, d'autres les vulves, les rondes, les maigres, les blondes, les brunes, les fouets, les martinets, en gros tout ce qui est BDSM etc.... il y en a pour tous les goûts et tous les goûts sont dans la nature. La liste n'est pas exhaustive."
Qualifications professionnelles de DUBREUIL :
DE de psychomotricité - Master 2 de Psychopathologie clinique - DU de psychanalyse
*** Pas de consultation via internet, ni d'appel téléphonique, ni de mail. Merci de votre compréhension.
Très bonne année 2021 à chacun(e)d'entre vous, cher(e) internaute, que cette nouvelle année vous soit douce et clémente, dans votre santé, comme en belles émotions affectives.
Dubreuil
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

Re: Blocage à débloquer 🙂
Message non lu par Antony » 16 déc. 2020, 17:03

Bonjour,
Vu de ma fenêtre c'est l'effet Coolidge au féminin.
https://fr.vivat.be/couple-sexualite/l- ... olidge_604

http://rage-culture.com/leffet-coolidge ... er-ta-vie/

selon ma vision des choses, la solution est à chercher du côté du tantra et du massage tantrique.
Cela apportera un peu de renouveau dans la relation.
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

LA MELANCOLIE

État de dépression intense vécu avec un sentiment de douleur morale, et caractérisé par le ralentissement et l'inhibition des fonctions psychomotrices et psychiques.
Cette dépression profonde de l'humeur est marquée par:
une inhibition psychomotrice (perte de l'initiative, ralentissement psychomoteur, parfois état de stupeur...);
une douleur morale intense avec désespoir, anxiété majeure et auto-dépréciation;
des idées délirantes sur le thème de l'indignité, de la culpabilité ou de la ruine;
un risque suicidaire élevé.

La mélancolie est un versant grave de la dépression. Elle s'inscrit de ce fait dans la PMD (ou Psychose Maniaco-Dépressive). C'est alors l'opposé de la manie.

Syndrome de Cotard:
dépression très importante;
délire sur le thème d'une transformation des fonctions corporelles, voire leur négation;
hypocondrie sans entrevoir l'espoir d'une guérison.
C'était la "mélancolie vagabonde" des anciens médecins arabes. Hippocrate y voyait de son côté les effets d'un excès de "bile noire chaude".

Signes cliniques
La mélancolie représente la forme majeure des états dépressifs. Qu'elle soit réactionnelle à un événement ou d'apparence spontanée, elle s'installe progressivement sur plusieurs semaines. Il n'existe généralement aucun rapport compréhensible entre les symptômes mélancoliques et la situation familiale ou sociale du patient. Cependant, un événement psychologique émotionnel a pu jouer le rôle de facteur déclenchant.
Début : le début est habituellement progressif et insidieux. Pendant quelques semaines le malade se sent envahi par le découragement, l'insécurité. Il devient sombre, pessimiste, morose, sans élan. Son humeur est triste. La fatigue et un malaise général lui font cesser ses activités sociales, professionnelles... etc.
"Je ne suis plus comme avant" se dit-il. Sa volonté s'effondre et il se désintéresse de toute distraction. Il se reproche de ne plus aimer comme avant les siens, d'avoir vis à vis d'eux une certaine indifférence. On observe des troubles du sommeil, une insomnie précoce et constante. Quand il parvient à s'endormir, c'est pour se réveiller définitivement au bout d'une heure. Le patient éprouve des sensations physiques pénibles dans le corps, maigrit, souffre de céphalées... L'entourage commencera à s'inquiéter au vu de ces troubles.

Période d'état
elle se trouve réalisée en quelques semaines, plus rarement en deux ou trois mois. L'aspect du mélancolique est pâle, prostré, immobile, muet ou ne proférant que plaintes et gémissements. Son visage devient tragique, ses traits sont décomposés. Au niveau du comportement alimentaire, le patient refuse toute nourriture. Il déambule lentement jour et nuit en proie à une angoisse très perceptible. Chez les femmes, on constate souvent une aménorrhée. Le ralentissement du tractus digestif entraîne des constipations, de l'aérophagie. Le patient a un pouls inconstant, une tendance à l'hypotension. Quand il communique, c'est pour s'accuser de fautes antérieures ou demander qu'on mette fin à sa vie. Il existe alors un grand risque suicidaire (impulsion-suicide).

Le syndrome mélancolique comprend une humeur triste, un ralentissement idéomoteur, des idées de suicide, une réticence aux sollicitations, des insomnies, des troubles digestifs, une perte d'appétit, un désintérêt global. La communication, quand elle démarre, est lente, les réponses sont proférées à voix basse, entrecoupées de soupirs. Le discours est centré sur le patient, rien d'autre n'existe. Toutes ces idées pessimistes orientées vers la faute ou le malheur ont pour conséquence les conduites suicidaires du mélancolique.

La réticence
c'est un symptôme très fréquent, à tous les stades de cette maladie. Le malade ne parle pas, ou bien parle mais dissimule, diminue, amoindrit les troubles psychiatriques qui l'envahissent. Il taira en particulier les idées de suicide. La réticence est un signe de dangerosité, notion que le soignant devra avoir régulièrement à l'esprit, que ce soit lors des entretiens infirmiers, ou dans le quotidien du service d'hospitalisation. Une amélioration apparente pourra n'être qu'une façade pour endormir la surveillance.

Mélancolie stuporeuse
dans cette forme pathologique, le ralentissement idéomoteur est maximum. Au cours de l'état de stupeur mélancolique, les mouvements volontaires sont suspendus, et il existe une véritable sidération des activités motrices de l'expression. Le visage est inexpressif, figé dans une mimique de tristesse intense. Les paupières sont immobiles, le regard est fixe, des larmes apparaissent parfois. Attention: les idées mélancoliques demeurent très actives et il faut craindre le raptus de suicide chez ce patient. On note une opposition à tout essai d'alimentation;

Mélancolie anxieuse ou délirante
le ralentissement idéomoteur disparaît au profit de l'agitation anxieuse. Le patient ne peut tenir en place, va et vient, guette aux portes. Il est aux aguets, se lamente, essaie de fuir devant un danger imaginaire. La peur est l'élément dominant de cette forme de mélancolie, et elle est vécue comme une véritable panique. Le mélancolique anxio-délirant est en proie à une dramatique agitation. Dans certains cas on notera la présence envahissante d'un délire à thème de persécution, ou hypocondriaque (certains auteurs classeront la mélancolie délirante dans une catégorie distincte de la mélancolie anxieuse).

Formes étiologiques : Psychose maniaco-dépressive
La mélancolie représente la phase d'humeur triste et de sentiments dépressifs d'une affection mentale caractérisée par l'alternance d'accès mélancoliques et d'accès maniaques. Ces accès aigus sont séparés par un intervalle au cours duquel le sujet vit 'normalement', en parfaite relation avec son entourage, sans souffrance majeure.
La mélancolie peut aussi représenter la seule forme de renouvellement des accès (mélancolie intermittente, ou PMD unipolaire). Le début de l'affection se situe avant la quarantaine. La période d'état est représentée par un accès de mélancolie franche et aiguë. On recherchera pour confirmer le diagnostic: la fréquence des antécédents familiaux (mélancolie et manie), le caractère cyclothymique du patient avec tendance fondamentale à des oscillations de l'humeur... le pronostic à long terme est celui de la récidive, surtout s'il existe une répétition fréquente des accès dès le jeune âge.

Mélancolie d'involution
L'accès mélancolique apparaît à l'âge moyen de la vie (après 50 ans) et surtout chez les femmes. Cette mélancolie est caractérisée par une absence d'antécédents psychiatriques personnels, un fond de personnalité obsessionnelle (méticulosité, recherche de l'ordre, entêtement), des craintes hypocondriaques, des manifestations hystériformes avec maniérisme et théâtralisme, de l'angoisse et de l'agitation. Le syndrome mélancolique est alors d'installation progressive, plus souvent modéré que sévère. La mélancolie d'involution survient souvent à la suite de deuils, de difficultés sociales ou professionnelles... etc.
En résumé : des crises de mélancolie, apparaissant au-delà de la cinquantaine, sans passé cyclothymique (c'est à dire sans alternance maniaco-dépressive), doivent faire évoquer une mélancolie d'involution (ou présénile). Cela s'observera plus souvent chez une femme, et aura pu être déclenché par un choc affectif. La présentation du sujet sera particulière, en une sorte d'état mixte où agitation et dépression coexistent, avec de fréquentes manifestations théâtrales (hystériques) et des hallucinations. Son évolution est relativement plus favorable bien qu'il existe néanmoins un risque d'évolution vers un affaiblissement intellectuel progressif, ou vers un délire chronique avec préoccupations hypocondriaques.

Formes symptomatiques
- états mélancoliques symptomatiques d'affections cérébrales ou générales: beaucoup plus rarement un accès mélancolique peut se développer après un trauma crânien, ou au cours de méningo-encéphalites, de tumeurs cérébrales, de troubles endocriniens... etc. ces états pourront également s'observer dans l'épilepsie, ou au cours d'affections générales comme la tuberculose.
- états mélancoliques symptomatiques d'affections psychiatriques: on rencontre ces états dans la phase de début des démences séniles ou préséniles, et de certains délires chroniques comme dans la PHC (ou psychose hallucinatoire chronique). Les dépressions mélancoliques symptomatiques sont généralement transitoires.

Suicide et risque suicidaire
Le risque suicidaire est difficile à évaluer, mais schématiquement on peut opposer deux circonstances:
Celle où il est latent, non exprimé, clairement perçu par l'entourage. C'est la circonstance la plus sérieuse, définissant réellement un "accès mélancolique vrai";
Celle où il est annoncé bruyamment (suicide chantage) au cours d'un état dépressif sur terrain névrotique non périodique.

Le suicide peut se faire sous différentes formes, de façon bien préparée, cachée, ou par impulsion, lors d'un raptus. Le refus d'aliments représente également un moyen de se suicider. Le suicide du mélancolique peut aussi être altruiste. Le patient agit alors pour lui et pour les autres, entraînant son entourage dans la mort.
En fait, on comprend dans les conduites suicidaires: les conduites passives par le refus de s'alimenter, le suicide systématiquement préparé, le raptus de suicide ou impulsion fulgurante à se donner la mort, et enfin le suicide collectif avec véritable massacre familial.
Les moyens de suicide sont multiples (strangulation, coupures, armes à feu, immolation, empoisonnement... etc.).

Le délire
La mélancolie peut revêtir plusieurs aspects. Il pourra ainsi y avoir l'apparition de thèmes délirants (persécutifs ou hypocondriaques) pouvant poser des problèmes thérapeutiques particuliers.

Délire mélancolique aigu de persécution
les idées de persécution sont exposées sur un mode monotone. Elles sont stéréotypées et passives. Elles portent sur le passé, comme par exemple les propos malveillants des voisins, la méchanceté d'un collègue... etc. Il y a une conviction absolue du patient. On note de fréquentes interprétations, des illusions (un visiteur est pris pour un policier qui vient l'arrêter), et l'absence habituelle de réactions hétéro-agressives. Le persécuté mélancolique ne devient jamais persécuteur. Il ne riposte pas, mais a tendance à se soustraire par la fuite, le suicide ou l'automutilation. L'évolution après l'accès mélancolique pourra parfois se faire vers une forme chronique (délire de persécution post-mélancolique) où le patient conservera ses idées d'auto-accusation ou se mettra à solliciter les autres pour les supplier de cesser leurs persécutions;

Délire hypocondriaque de négation
Les idées hypocondriaques sont marquées par la bizarrerie et le fantastique. Ce sont généralement des idées de damnation, de négation d'organes. Le corps du patient n'existe plus, le foie ou l'estomac sont pourris, les intestins sont bouchés. Il pourra aussi y avoir un animal qui habite dans leur corps. Idées de transformation ou d'énormité corporelle externe... etc. L'évolution après l'accès mélancolique verra parfois se chroniciser ce délire, avec l'ajout de thèmes démoniaques, d'immortalité...

Diagnostics différentiels
- Un accès mélancolique peut marquer comme nous l'avons vu le début d'une démence précoce. Cette dépression atypique aura alors tendance à traîner en comportant des symptômes discordants. On notera ainsi entre autres une atonie affective très particulière, bien différente de la panique aiguë du mélancolique vrai.
- Les épisodes dépressifs de la schizophrénie. Se rencontrent parfois en phase prémonitoire de la maladie, parfois au cours de celle-ci.
- Un état dépressif névrotique dépendra d'événements malheureux de l'existence. Les troubles de l'humeur y seront peu prononcés, et on n'observera pas cette douleur morale intense particulière à la mélancolie. De même, le patient n'aura pas trop de difficultés à s'exprimer.
- Une stupeur confusionnelle pourra s'observer au cours des infections par toxiques, après une crise d'épilepsie, dans des cas de névrose hystérique...
- Une stupeur catatonique avec sourires discordants, position fœtale, mouvements parasites des membres s'observera dans certaines formes de schizophrénie. On notera alors aussi le négativisme, l'opposition active aux tentatives de mobilisation, parfois la catalepsie (maintien passif des attitudes même pénibles).

Traitement d'urgence
Cette recherche de la mort et ce refus des moyens de vivre (refus de nourriture, perte des instincts de conservation...) vont dicter une conduite urgente.
Ce sera l'hospitalisation en psychiatrie avec la mise en place d'un traitement antidépresseur (pharmacologie par voie parentérale), ou par sismothérapie (si c'est une question d'heures), associé à une nutrition et une hydratation immédiates.
L'utilisation des antidépresseurs et celle des neuroleptiques sédatifs permettent généralement d'obtenir en une ou deux semaines la guérison de deux cas sur trois. La mélancolie délirante en particulier répond assez bien aux traitements antidépresseurs.
La fin de l'accès mélancolique s'observe habituellement à l'hôpital en quelques semaines: soit de manière brutale, notamment avec les cures de sismothérapie (il faut alors se méfier des rechutes), soit de manière progressive avec les seuls traitements médicamenteux (le risque suicidaire dure alors plus longtemps).

L'ambiance autour du patient doit être faite d'attitude généreuse, de soutien fondé sur la compréhension de la douleur morale.
L'isolement relatif est prescrit selon l'effet des visites sur le patient. La surveillance du risque suicidaire sera constante sans trop peser.
La pose quotidienne de perfusions d'antidépresseur sera l'occasion d'être présent au lit du patient pour l'engager à exprimer son mal-être.
Attention à la levée de l'inhibition qui survient après quelques jours de traitement antidépresseur (entre autre avec l'Anafranil): on associera souvent pour y remédier un anxiolytique ou un neuroleptique (à action anxiolytique et sédative comme le Tercian par exemple).

sismothérapie
la cure d'électrochocs demeure particulièrement indiquée dans la mélancolie anxieuse ou agitée. Elle est précédée d'une exploration minutieuse de l'appareil cardiovasculaire. Le nombre des séances est de 6 à 8 à raison d'une séance tous les deux ou trois jours. Les électrochocs sont faits sous narcose (pour supprimer l'appréhension et l'anxiété) avec prémédication curarisante (pour éviter les risques de luxation ou de fractures).

Traitement d'entretien
On passera de la perfusion au traitement per os (comprimés ou gouttes buvables). La diminution progressive du traitement pharmacologique sera étalée sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Son arrêt total pose toujours un problème délicat.

Évolution
La mélancolie évolue spontanément, d'une manière périodique, dans le cadre de la psychose maniaco dépressive. La fin de la crise mélancolique pourra prendre deux ou trois mois sans traitement.
La découverte de la sismothérapie et des antidépresseurs a transformé le destin des patients.
Les traitements réduisent la durée des crises et évitent généralement ou espacent leur survenue. La fin de l'accès mélancolique est marquée par la régularisation du sommeil et de l'appétit.
Le patient fait généralement la critique des troubles qu'il manifestait. Le pronostic immédiat est bon, le malade retrouvant son état mental antérieur.
Par contre le pronostic sur le long terme doit être réservé car il y a possibilité de nouveaux accès qui ont tendance à se rapprocher au fur et à mesure que l'âge avance. Les rémissions entre les accès pourront aussi avoir tendance à devenir incomplètes.
Qualifications professionnelles de DUBREUIL :
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

SE RAPPELLER

Chacun parle de soi. Toujours en parlant de l'autre on parle de soi.
Dans nos encouragements à l'autre, c'est à soi que l'on s'adresse.
Sans trop en prendre conscience, à travers nos réponses on se parle, on s'écoute, on se plaint, on se console, on se motive, on se pardonne, on se lit (lie), on se cherche, on se (re)-trouve.
Et c'est bien le but de ce forum, se sup(p)orter, se "porter" les un les autres.
Ainsi, dans les mots de l'un, la réflexion intelligente et sincère de l'autre, on aide chacun à avancer dans sa propre histoire.
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

L'ANGOISSE D'ABANDON

L’angoisse d’abandon est une blessure qui a de lourdes conséquences sur nos relations si elle n’est pas soignée. De nombreux adultes attirent les mauvaises personnes par peur d’être abandonnés.
L’angoisse d’abandon ne naît pas d’un véritable abandon mais de la perception à un moment donné que l’enfant – dès sa naissance – peut avoir d’une situation.

Le sentiment d’abandon peut naître d’un moment où :
la mère ne répond pas aux pleurs du bébé parce qu’elle dort,
l’enfant vit mal “la crèche”,
l’enfant est envoyé trop souvent chez les grands-parents,
la mère doit partir 3 jours se faire opérer,
les parents partent 48h en colloque, en seconde lune de miel, en We…
le parent est présent mais il semble tellement préoccupé par ses pensées qu’il n’est pas attentif à l’enfant,
le père rentre à 21h quand l’enfant dort déjà, il ne le voit que le We,
etc etc…
Freud disait que l’angoisse d’abandon devient traumatisante surtout si les situations qui génèrent l’abandon sont répétées et régulières.

Les conséquences de l’angoisse d’abandon
L’enfant va se construire avec l’idée qu’il peut être abandonné et que pour pallier à ce risque, il va devoir s’adapter en faisant tout pour ne plus vivre ces situations.
Ainsi, il va par exemple :
*** tenter de faire plaisir à tout le monde en niant ses propres besoins,
*** accepter toutes les formes d’irrespects plutôt que d’être abandonné (même la violence),
*** devenir dépendant et s’adonner à des tas d’addictions (drogue, dépendance affective, jeu, dépenses, sexe…),
*** se sentir ”nul” et croire que les autres lui sont bien supérieurs puisqu’il ne mérite pas l’attention dont il a besoin,
*** créer lui-même des situations de rupture pour éviter d’être “abandonné”,
*** refuser toute forme d’engagement durable (pas de CDI, pas de mariage, pas de crédit sur 20 ans, pas d’enfant,…).

Sortir du schéma d’abandon
Les conséquences sont sources de multiples souffrances et multiples drames.
En général, l’angoisse d’abandon induit des schémas répétitifs. L’individu va attirer toujours et encore des situations ou des relations semblables. Ce n’est que quand il va en prendre conscience et qu’il décide de consulter qu’il pourra en sortir.
Si vous passez votre temps à faire plaisir à votre conjoint, vos parents, vos amis, vos enfants et toutes formes de relations en râlant parce que personne ne vous rend la reconnaissance de vos actes, il est probable que vous ayez ce problème !
Si vous passez votre temps à changer de relations amoureuses, sociales ou professionnelles, il est peut être temps de travailler sur vous-même.

Les addictions servent souvent à masquer et combler le vide que l’on ressent quand on se croit “abandonné”. On va par exemple se “remplir” de nourriture ou d’alcool.
Parfois l’angoisse vient de situations très banales comme celle où votre ami ne répond pas dans la minute au SMS que vous lui envoyez parce que la batterie est vidée: vous allez angoisser jusqu’à lui faire une scène quand il rentre le soir. En fait, vous ne faites qu’exprimer votre peur d’être à nouveau abandonné !
Dans les cas les plus graves, on verra dans les faits divers un homme dont la femme demande le divorce, tuer ses enfants et se suicider ensuite, ne supportant pas la rupture. La rupture réveille le sentiment d’abandon vécu dans la petite enfance. Elle met le doigt là où ça fait mal.

Les gens qui souffrent de ce problème vont préférer rester toute leur vie ou des années durant dans des relations de violences psychologiques ou physiques en étant souvent dans le déni de leur angoisse d’abandon.

Soigner sa blessure d’abandon chez un psy, c’est retrouver la paix en soi, dans ses relations et dans ses projets de vie.
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

FETICHISME DES PIEDS

je vais essayer d'être claire dans mes explications. Aussi saugrenue que vous apparaitra ma réponse, sachez qu'elle a des bases bien solides, révélées et vérifiées par de nombreux patients qui sont venus en parler sur un divan en psychanalyse, et ce, depuis Freud ( années 1900 ).
Il y a bien sûr des personnes qui vivent fort bien avec cette déviance et ne connaissent aucun problème lié à leur goût érotique.
Dans la petite enfance, le petit garçon n'a pas connaissance de la différence des sexes. Il est naturellement persuadé que tout le monde possède un pénis comme lui : son papa, sa maman, tous les autres garçons et toutes les autres filles.
Arrivé à l'âge de 4 à 5 ans, ( fin de l'Oedipe ) il saisit que quelque chose est finalement différent dans le comportement des petits garçons qui jouent avec des voitures ( je schématise ! ) et les petites filles à la poupée, il accède également à la prise de conscience que sa maman n'est pas faite comme papa, que les petites filles ne sont pas faites comme lui. Il leur manque quelque chose !
Et dans cette fraction de seconde, dans ce laps de temps où la vue découvre l'impensable mutilation, la terrible différence, le psychisme du petit garçon est sidéré.
D'un coup il découvre qu'il manque quelque chose à sa maman, aux petites filles, et que s'il elles n'ont pas de pénis, c'est qu'on leur a coupé !
Et que cela va lui arriver aussi !
C'est ce qui s'appelle en psychanalyse " l'angoisse de castration. "
MAIS.. comme l'épouvante est insupportable et que le petit garçon ne peut accepter cette idée de mutilation, sous peine d'en mourir d'horreur sur place, IL REFUSE LA REALITE, il refus le vide qu'il voit chez la petite fille et IL " HALLUCINE " qu'elle a quand même un pénis !
C'est à dire, qu'il est sûr qu'elle a un pénis, alors qu'il sait qu'elle n'en a pas !
Il voit qu'elle n'en a pas, mais il voit qu'elle en a un quand même !
Il sait qu'elle n'en a pas, mais il est sûr qu'elle en a un.
C'est ce qui s'appelle en psychanalyse : le clivage.
Je sais, c'est un peu compliqué à intégrer, mais nous y sommes tous passés !!!!!!

SAUF..
que la majorité des petits garçons ne se sont pas arrêtés à cette façon de penser du clivage. Ils ont pu dans le même temps intégrer ( accepter ) le manque de pénis de la petite fille, et sont passés vite à autre chose, ils ont eu la chance " d'occulter " cette horreur. Ils ont refoulés.
C'est à dire qu'ils savent qu'ils ont un pénis, et que les petites filles n'en ont pas. Ils savent que c'est normal, que ce n'est pas un danger pour eux, que personne ne viendra leur couper, que c'est la nature, et qu'ils sont du côté des hommes, du côté du papa.

Pendant ce temps.. le petit garçon qui est resté dans l'horreur du manque, du vide, du néant de la petite fille, va tellement avoir peur, que non seulement il va HALLUCINER qu'elle à quand même un pénis, mais qu'en plus, il va chercher un moyen REEL de le remplacer pour se rassurer.
C'est à dire qu'il va " inconsciemment " mettre en place dans son esprit, un SUBSTITUT de pénis chez la petite fille. Il va faire en sorte de se prouver qu'elle en a vraiment un. Ceci surtout au moment de ses premiers émois sexuels avec les jeunes filles, ou les femmes.

En somme, les pieds que vous adorez, que vous vénérez, sont les remparts contre votre épouvante infantile, du manque de pénis chez la petite fille. Tout simplement.

Vous savez toujours que la femme n'a pas de pénis, mais votre inconscient vous leurre sans que vous vous rappelliez pourquoi, il vous fait croire que LE PIED DE LA FEMME, C'EST SON PENIS QUI A TOUJOURS EXISTE ET QUI EST SIMPLEMENT DEPLACE AILLEURS.
Du coup vous êtes totalement rassuré, vous pouvez vivre sans crainte, vous avez tout seul " réparé " le manque, vous vous êtes consolé, réconforté tout seul.
Ainsi, ce plaisir à fantasmer sur les pieds de votre bien-aimée équivaut au soulagement intense, jubilatoire, de n'avoir rien perdu, ni de votre côté, ni du côté de la petite fille.

Cependant vous êtes resté dans le clivage. Vous êtes toujours ce petit garçon qui vit la peur intense de la castration. Vous voyez qu'il n'y a pas de pénis, mais dans le même temps vous en mettez un !
D'autre part, on peut aussi avancer que ce pied que vous vénérez est propre partie " symbolique " de vous-même. Que donc, vous vous auto-masturbez, auto-aimez, auto-jouissez. Que vous vous procurez du plaisir tout seul.
Sauf.. que vous n'êtes pas seul, que vous êtes avec votre compagne, et que vous lui donnez peut-petre aussi du plaisir ( est-ce le cas ? ) Ainsi vous n'êtes plus dans la solitude " masturbatoire ", mais le plaisir partagé.

Pour conclure, IL N'Y A RIEN DE MONSTRUEUX là-dedans, les conduites sexuelles sont de toute sorte.
La vôtre est ainsi, et elle reste particulière parce qu'elle ne provient pas véritablement du plaisir d'un fantasme, mais de L'IMPACT D'UNE DOULEUR PSYCHIQUE INTENSE. C'est en cela que vous mérites plus que quiconque respect et compréhension.
* Vous pouvez " vous en guérir " si vous le désirez. En retrouvant vos émotions de naguère dans des séances de psychothérapie analytique.
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Re: Urgent, c'est le tournant de ma vie

Message par Dubreuil »

Bonne année 2021
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